15 Oct

Algerie: L’olive au cœur de la spéculation

Depuis le début de Ramadhan, une foule de revendeurs intermédiaires d’olives se disputent quotidiennement la place aux marchands de fruits et légumes ayant, depuis longtemps, investi toute une rue de l’agglomération de Bouguirat.

Pour la troisième ou quatrième année, à pareille époque, un véritable marché de l’olive se tient dans la localité distante de quelque 27 km de la ville de Mostaganem. À l’instar de la pomme de terre et de l’orange, c’est en ce site que se décrète le cours de ce précieux produit agricole. Cependant, à la différence de Dame Pomme de terre, acheminée vers les lointaines wilayas de l’Est et de l’Algérois, la “perle verte” a pour destination les unités des confiseurs de la ville de Sig, distante d’à peine une cinquantaine de kilomètres. Sig, ville longtemps ballottée entre Oran et Mascara, est la cité de l’olivier par excellence.

C’est la capitale de la “sigoise”. On y dénombre plus de 200 confiseurs d’olives, dont certains ont plus d’un demi-siècle. Convaincus d’être non seulement les meilleurs, mais également les plus habiles dans le traitement de l’olive, ils ont dompté l’oléiculture régionale, aucunement gênés par “l’avènement” de nouveaux concurrents s’installant timidement dans la région.

Chacun garde jalousement les petits secrets qui font la différence. Alors que son prix au détail s’acharne à se stabiliser autour des 200 DA/kg, l’olive, à peine mature, s’arrache à 60, voire 70 DA/kg, dans la rue des fruits et légumes de Bouguirat. Ici, vous y rencontrez le marchand de légumes, momentanément converti dans le commerce oléicole, le “tchi-tchi” rural en quête de gain sans labeur, le fils du membre de l’exploitation agricole collective (EAC) qui dérobe, par sacs entiers, une part de la production vendue par le père quand l’olivier était encore en fleurs, ou l’élève qui n’hésite pas à “sécher” ses cours pour aller glaner les olives, là où elles se trouvent. Vous y croisez des intermédiaires, une foule qui amasse par sac, caisse ou brouettée, les petites quantités d’olives qu’un autre intermédiaire provenant de Sig viendra chercher par camionnette.

Des professionnels ? Vous n’en trouverez pas un seul ! Ainsi, le cours de l’olive échappe et au fellah qui, généralement, vend sa production virtuelle, plusieurs mois, voire plusieurs années, avant sa récolte, et au transformateur du produit qui, impuissant, subit le tarif que lui propose l’intermédiaire.

Bien avant son conditionnement, l’olive se retrouve hors de portée de la bourse du consommateur au revenu modeste. À raison de 120 DA la caisse récoltée, la main-d’œuvre est chèrement rémunérée.
Il est impossible de déterminer les critères de fondements des prix. La logique des coûts est inopérante en cet autre vaste marché informel de la sphère agricole. Un marché livré à lui-même et aux opportunistes qui, sans nul besoin d’un quelconque registre du commerce, savent en tirer profit. Payée à 60 DA/kg, à l’état brut, l’olive suscite inéluctablement velléités et intentions, bonnes et mauvaises.

Les professionnels ne semblent pas encore éprouver la nécessité d’une organisation, encore moins la défense du label “sigoise”. Spéculation et opportunisme prennent le dessus.

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