18 Oct

Les effets secondaires du régime méditerranéen

Par Gilles Sengès,

recolte d'oliveL’Espagne vient de présenter la candidature du fameux régime méditerranéen au Patrimoine mondial de l’humanité, dont l’Unesco tient soigneusement le registre. Mais s’il a la réputation d’être bon pour la santé, le régime à base d’huile d’olive semble aussi avoir des effets collatéraux moins positifs sur le caractère. En témoigne, la « guerre » qui sévit, depuis un quart de siècle, entre deux des grands producteurs espagnols de la spécialité et que le Tribunal de grande instance des Communautés européennes de Luxembourg a récemment rallumée.

La dispute tourne autour d’une histoire de femmes. L’une, assise sur un banc de pierre, un châle sur les épaules, a les bras levés et tient une branche du précieux fruit. L’autre, posant, elle aussi, sur fond de champ d’oliviers, tient une jarre du précieux nectar. Comme souvent lorsqu’il s’agit de ressemblances, le débat porte sur l’air de famille des deux belles Andalouses. Car la première, apparue en 1866, orne les bouteilles de Carbonell, la marque emblématique du secteur qui détient près d’un bon tiers du marché espagnol, tandis que la seconde, enregistrée en 1947, est présente sur celles de La Espanola, son lointain concurrent avec un taux de pénétration estimé à 5 %.

En offrant un petit « lifting » à cette dernière, peu après l’avoir achetée en 1981, Acesur a déclenché les hostilités. Le changement d’étiquette aurait créé la confusion chez les consommateurs, à en croire les propriétaires successifs de Carbonell, resté longtemps une affaire de famille avant de devenir propriété du groupe SOS. Saisie de nombreuses fois entre 1982 et 1999, la justice espagnole n’y a vu que du feu. Il a fallu le regard extérieur du tribunal de Luxembourg pour que des similitudes soient enfin reconnues. Mais son jugement n’est pas suspensif et il peut être contesté dans un délai de deux ans. Répondant à la communication triomphante de SOS, Acesur a donc publié des pages entières dans la presse espagnole pour assurer que ces derniers développements n’auraient pas d’effet sur sa politique commerciale.

Ce n’est pas la première fois que l’olive provoque des poussées d’adrénaline au-delà des Pyrénées. Premier producteur mondial avec près de 1 million de tonnes par an devant l’Italie et la Grèce, l’Espagne a dû se battre pour faire reconnaître sa suprématie et ses marques. Pendant longtemps, en effet, le pays exportait ses huiles en vrac au grand bénéfice des firmes italiennes, qui se contentaient de les mettre en bouteilles et de coller leurs étiquettes. Ce temps-là est révolu. Aujourd’hui le pays veut profiter à plein d’un marché en expansion. Si la consommation moyenne est de 4 litres par habitant en Europe, elle atteint 18 litres chez les Grecs, 13 chez les Italiens et 12 chez les Espagnols qui dépensent 1,5 milliard d’euros pour leur consommation.

[Source] Cliquer ici

Leave a Reply