06 Dec

L’oléiculture Tunisienne, un secteur extrêmement délicat

Par Nadia Chahed,

Mohamed Driss, un des plus grands producteurs d’huile d’olive de Borj El Amri n’hésite pas à mettre la main à la pâte. Passionné et amoureux de la terre, il la sillonne dans tous les sens, en parle comme d’une partie de soi-même à telle enseigne qu’il en devient un spécialiste. Ne s’est-il pas engagé dernièrement jusqu’à tenter une nouvelle expérience, celle de la fertilisation par la margine ? L’huile d’olive, il y est jusqu’au cou et sait en parler comme personne.

«6 millions de dinars de pertes, alors que le prix de vente prévu était de 6 dinars le litre, j’ai dû le vendre à 4 dinars, certains producteurs se sont suicidés », ainsi parle Mohamed Driss, agriculteur et producteur d’huile d’olive de la région de Sfax, des mésaventures des oléoculteurs tunisiens en 2005. C’est dire que le secteur de production d’huile d’olive a beaucoup d’aléas et qu’il n’est guère facile de s’y mettre ni d’y réussir sans prendre des risques. D’ailleurs, notre interlocuteur a opté, cette année, pour la vente sur pieds de ses oliviers.

Concernant ce choix, il évoque les risques liés à la fluctuation des prix de vente tels que ceux de l’année 2005 et de nouveaux problèmes qui ne cessent de se multiplier notamment le vol, un phénomène de plus en plus fréquent et qui demeure ingérable malgré la multiplication du nombre des gardiens et des précautions prises.

En effet, la chaîne de production élargie, à cause de l’introduction de nouveaux acteurs qui ne sont autres que ces commerçants qui assurent le lien entre agriculteur et producteur, le contrôle de la provenance des olives devient difficile, voire impossible. Selon M.Driss, 90% des olives vendus par ces commerçants serait volés.

200 ha et 180.000 arbres fruitiers dont la majorité des oliviers, ainsi pourrait -on décrire la ferme de M.Driss, située à Borj El Amri. Description qui ne renseigne que relativement sur la réalité et la beauté du site. La ferme abrite plusieurs variétés d’arbres fruitiers et surtout des oliviers. Deux catégories s’y côtoient, une espèce tunisienne dite «Chétoui» et une espagnole dite «Arbacina».

Cette dernière est encore au stade expérimental. Elle présente l’avantage d’être productive plusieurs saisons consécutives. A la différence de l’olivier tunisien de couleur claire et garni à l’extrémité d’olives, l’olivier espagnol a une couleur verte plus sombre et plus brillante et porte ses fruits plutôt à l’intérieur de l’arbre.

Concernant l’exportation, notre hote note qu’elle dépend surtout de la production espagnole, qui varie entre un million 200 et un million 400 t, soit la moitié des besoins à l’échelle mondiale (2 millions 500 t).

La cueillette doit aussi être faite selon des règles bien précises afin d’obtenir une meilleure qualité d’huile, celle qu’on qualifie à l’échelle internationale d’extra vierge et dont le taux d’acidité ne dépasserait pas les 0,2%. Ainsi, il est important d’éviter que les olives tombent par terre et de les stocker dans des sacs en plastiques.

Une huilerie autonome
Dans cette ferme tout ou presque est recyclé. D’abord la «fitoura» est utilisée comme combustible pour chauffer l’eau et la margine est recyclée en vue d’être utilisée comme fertilisant.

Autonome, la plantation dispose de son parc mécanique, de son atelier de réparation, d’un hangar, d’habitations pour les responsables, d’un garage pour les véhicules… et de sa huilerie ultra moderne. Le jour de notre visite, l’odeur d’huile nouvelle emplissait l’air. A l’intérieur, tout est automatisé, un seul ouvrier supervise le bon déroulement des différentes étapes et le remplissage des bassins d’une huile couleur d’or.

M.Driss vante cette économie de main-d’oeuvre, ainsi que la vitesse de production incomparable avec celle des raffineries traditionnelles «Ici, on traite environ 35 t d’olives par jour, dans les huileries traditionnelles qui offrent une très bonne qualité d’huile, le rythme demeure plutôt lent avec la contrainte d’avoir plusieurs ouvriers sur place», explique-t-il à ce sujet.

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