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Filière oléicole Algérienne vers une production 2007 record

L’Algérie est l’un des pays oléicoles importants de la Méditerranée et l’un des plus invisibles dans le commerce international. Les raisons sont structurelles, et elles en disent long sur le fonctionnement réel des économies de l’olive.

Kabylie
le cœur
Chemlal et Sigoise
les deux grandes variétés
Nov.–janv.
la récolte
Marché intérieur
où part l’huile
Terrasses
la réalité du terrain

Roulez vers l’est d’Alger, dans les montagnes de Kabylie, et le paysage devient olivier. Des arbres sur les terrasses, dans les ravins, sur des pentes trop raides pour la charrue, et beaucoup assez vieux pour que nul ne sache plus qui les a plantés. L’Algérie compte des millions d’oliviers et une culture alimentaire où l’huile d’olive n’est pas un condiment mais une base. Et pourtant, sur le marché mondial, le pays ne compte presque pas. Cet écart entre un patrimoine arboricole considérable et une présence export négligeable résume toute la filière algérienne.

Deux olives, deux pays

L’oléiculture algérienne se divise nettement en deux. Dans le nord-centre et l’est montagneux — Kabylie, Béjaïa, Tizi Ouzou, Jijel, Skikda — domine le Chemlal, petite olive à huile sur terrasses pluviales, qui donne une huile fruitée formant l’ossature de la table domestique. À l’ouest, autour de Sig et des plaines oranaises, règne la Sigoise, olive plus grosse à double fin, l’olive de table algérienne classique et la plus susceptible d’avoir franchi une frontière.

Ce sont deux mondes agricoles distincts. Les oliveraies kabyles sont paysannes, en terrasses, récoltées à la main, souvent sur des parcelles d’un hectare ou moins divisées entre héritiers depuis des générations. Les plaines de l’ouest autorisent des vergers plus grands, plus plats, plus mécanisables. Toute statistique nationale qui moyenne les deux ne décrit ni l’une ni l’autre.

123456Le pays de l’olivier algérienLa Kabylie montagneuse à l’est, les plaines de la Sigoise à l’ouestKey olive regionPays de l’olivierRécolte : nov.–janv.

1Béjaïa (Kabylie) 2Tizi Ouzou 3Jijel 4Skikda 5Sig (ouest) 6Mascara
La grande concentration se trouve dans les montagnes du nord — Béjaïa, Tizi Ouzou, Jijel, Skikda ; la Sigoise appartient à l’ouest, vers Sig et Mascara.

Où se perd la qualité

La vérité inconfortable de beaucoup de régions oléicoles traditionnelles, c’est que le fruit est souvent excellent et l’huile souvent non. La perte se joue dans les heures entre l’arbre et le moulin, puis dans le moulin lui-même. Le fruit récolté sur des terrasses raides descend à dos d’homme ou de mulet, voyage fréquemment en sacs plutôt qu’en caisses — le sac comprime et échauffe, la fermentation démarre — et peut attendre un à trois jours son tour au moulin. Au moment de l’écrasement, l’acidité libre a monté et les défauts sont installés.

Les moulins traditionnels à meule et presse aggravent le problème. Ils sont lents, chauffent, et les scourtins sont notoirement difficiles à garder propres : les résidus des lots précédents transmettent des goûts de moisi et de chômé à l’huile fraîche. Un moulin continu moderne n’a rien de romantique, mais il est plus rapide, plus propre et plus frais, et la différence se mesure sur le rendement autant que sur la qualité. Moderniser les moulins est l’investissement au meilleur rendement pour une région comme celle-ci ; c’est aussi le plus coûteux.

Variété de l’est Chemlal — petite olive à huile, dominante en Kabylie
Variété de l’ouest Sigoise — olive de table à double fin, plus grosse
Terrain Montagnes en terrasses à l’est, plaines à l’ouest
Exploitations Très majoritairement petites et morcelées
Récolte De novembre à janvier, largement à la main
Principal risque qualité Le délai et la chaleur entre cueillette et trituration
Marché Essentiellement la consommation intérieure

Pourquoi si peu sort du pays

L’explication la plus simple est la bonne : les Algériens la mangent. La consommation intérieure absorbe la grande majorité de la production, et un marché national qui achète volontiers tout ce que vous produisez n’incite guère à bâtir l’appareil coûteux de l’exportation : certification, laboratoires accrédités, conditionnement régulier, marque, accords de distribution à l’étranger. Un pays qui exporte doit produire selon le cahier des charges d’un autre. Un pays qui consomme sa propre récolte n’a qu’à se satisfaire lui-même.

Il n’y a rien à y redire, et même quelque chose d’assez admirable. Mais cela a des conséquences. Sans la discipline de l’export, l’incitation à investir dans des moulins modernes et du stockage au frais reste faible, et la qualité progresse lentement. Et la structure morcelée qui fait la beauté de ces oliveraies rend très difficile la constitution des volumes réguliers qu’attend un importateur. La filière algérienne n’est pas sous-développée : elle est développée autrement, tournée vers l’intérieur, vers la maison, où elle a toujours été.

À retenir

  • Les heures entre cueillette et trituration décident de la qualité plus que la variété.
  • Le sac est l’ennemi : le fruit s’échauffe et fermente ; caisses et rapidité sont la solution.
  • Chemlal est l’olive à huile de montagne ; Sigoise l’olive de table de l’ouest.
  • Un marché intérieur fort peut freiner la modernisation autant qu’il fait vivre les producteurs.
  • Si vous trouvez une vraie huile algérienne, cherchez un Chemlal kabyle de début de campagne.

Huile d’olive algérienne : questions fréquentes

Quelles sont les principales variétés algériennes ?

Le Chemlal, petite olive à huile qui domine la Kabylie montagneuse, et la Sigoise, olive de table à double fin des plaines de l’ouest, vers Sig et Mascara.

Pourquoi l’huile algérienne s’exporte-t-elle si peu ?

Parce que la consommation intérieure en absorbe l’essentiel. Un marché national qui achète toute la récolte supprime l’incitation à bâtir l’infrastructure d’exportation.

Où se perd la qualité en production traditionnelle ?

Entre l’arbre et le moulin. Le fruit transporté en sacs s’échauffe et fermente, les files d’attente ajoutent des jours, et les vieux moulins à scourtins chauffent et transmettent des goûts de moisi.

Le moulin traditionnel vaut-il mieux que le moderne ?

En général non. Les moulins continus modernes sont plus rapides, plus frais et plus propres, ce qui protège les arômes et les polyphénols.

L’huile algérienne est-elle bonne ?

Au mieux, très bonne. Un Chemlal kabyle cueilli tôt et trituré vite donne une excellente huile. La variabilité vient de la logistique et du moulin, pas du fruit.

Du métier

La chose la plus utile qu’on puisse offrir à une région oléicole de montagne n’est ni une subvention ni une nouvelle variété : ce sont des caisses et un moulin proche. J’ai goûté deux huiles du même village, des mêmes arbres, la même semaine : l’une triturée en quatre heures, l’autre après deux jours en sacs. Ce n’était pas le même produit — l’une fraîche et verte, l’autre déjà terne et vaguement fermentée. Rien d’autre dans ce métier n’offre autant de progrès pour aussi peu d’argent.

D’après les régions oléicoles algériennes, leurs variétés et les pratiques traditionnelles de trituration.