07 Oct

L’olive fait l’objet de spéculation à Mostaganem !

Par M. O. T.

Les professionnels ne semblent pas encore éprouver la nécessité d’une organisation, encore moins la défense du label la “Sigoise”. Spéculation et opportunisme prennent le dessus.

olive en vracDepuis le début du Ramadhan, soit au moins une quinzaine de jours plus précocement que d’habitude, une foule de vendeurs et revendeurs intermédiaires d’olives se disputent quotidiennement la place aux marchands de fruits et légumes ayant, depuis longtemps, investi toute une rue et un carrefour de l’agglomération de Bouguirat, située à une trentaine de kilomètres au sud de Mostaganem.

En cet endroit, nous ne sommes qu’à cinquante kilomètres de la ville de Sig, la capitale régionale de l’olive.
Pour la quatrième ou cinquième année, à pareille époque, un véritable marché de l’olive se tient dans la localité, réputée plaque tournante du commerce de la pomme de terre et de l’orange. À l’instar de ces deux produits agricoles, c’est en ce site que se “décrète” le cours de base de la précieuse olive !

Cependant, à la différence de Dame pomme de terre, habituellement acheminée vers les lointaines wilayas de l’Est, des hauts-plateaux et de l’Algérois, la “perle verte” a une destination unique : les unités des confiseurs de la ville de Sig.

Sig, ville longtemps ballottée entre Oran et Mascara, ses chefs-lieux de wilaya ancien et actuel, est la cité de l’olivier par excellence. C’est la capitale de la “sigoise”, la prestigieuse olive de table. On y dénombre plus de 200 confiseurs d’olives, dont certains s’adonnent à l’activité depuis plus d’un demi-siècle. Convaincus d’être non seulement les meilleurs, mais également les plus habiles dans le traitement de l’olive, ils ont dompté l’oléiculture régionale, aucunement gênés par “l’avènement” de nouveaux concurrents s’installant timidement dans la région. Chacun garde jalousement les petits secrets qui font la différence. Alors que son prix au détail s’acharne à se stabiliser au-delà des 200 DA/kg, l’olive, à peine mature, s’arrache à 70, voire 80 DA/kg, dans la rue des fruits et légumes de Bouguirat.

Ici, vous y rencontrez le marchand de légumes, momentanément converti dans le commerce oléicole, le “tchi-tchi” rural en quête de gain sans labeur, le fils du membre de l’exploitation agricole collective (EAC) qui dérobe, par sacs entiers, une part de la production vendue par le père quand l’olivier était encore en fleurs, ou l’élève qui n’hésite pas à “sécher” ses cours pour aller glaner les olives, là où elles se trouvent.
La nuit, au moment où les uns font la prière dans les mosquées et les autres encombrent les cafés innombrables, le maraudage bat son plein, le long des chemins bordés d’oliviers. À l’instar de la vache laitière, l’olivier est littéralement trait. Dans la précipitation, au clair de lune ou dans la pénombre, fruits, feuilles et rameaux passent dans les sacs.

Par sac, bidon, caisse ou brouettée, les petites quantités d’olives font l’objet de vifs marchandages avant d’être cédées à un premier intermédiaire local qui opère un premier tri en vue de relever la qualité du produit constitué d’olives rabougries, immatures, ou insuffisamment irriguées. Un autre intermédiaire provenant de Sig viendra les chercher par camionnette.

De par la répartition spatiale des oliviers dont la masse la plus importante est “disséminée’’ le long des routes et des chemins vicinaux, et le vol généralisé encouragé par un cours aussi lucratif, la minorité des fellahs qui osent écouler, eux-mêmes, leur production et la plupart des intermédiaires ayant acheté à l’avance, des productions virtuelles au moment de la floraison, sont contraints de précipiter la récolte, s’ils ne veulent pas supporter des charges supplémentaires de gardiennage ! Des professionnels ? Vous n’en trouverez pas un seul ! Ainsi, le cours de l’olive échappe au fellah qui, généralement, avait déjà vendu sa production virtuelle, plusieurs mois, voire plusieurs années, avant sa récolte, et au transformateur du produit qui, impuissant, subit le tarif que lui propose l’intermédiaire. Bien avant son conditionnement, l’olive se retrouve hors de portée de la bourse du consommateur au revenu modeste.

Il est impossible de déterminer les critères de fondements des prix. La logique des coûts est inopérante en cet autre vaste marché informel de la sphère agricole.

Un marché livré à lui-même et aux opportunistes qui, sans nul besoin d’un quelconque registre du commerce, savent en tirer profit. Payée à 60 DA le kg, à l’état brut, l’olive suscite inéluctablement velléités et intentions, bonnes et mauvaises.

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