Foire de l’olive OLVEX 2007 a Damas
Bien avant de faire la une pour d’autres raisons, la Syrie était discrètement l’un des grands pays de l’olive : vergers anciens autour d’Alep et de la côte, véritable producteur du top dix les bonnes années, et une huile que le monde n’a presque jamais goûtée sciemment.
L’olivier pousse dans l’actuelle Syrie depuis des millénaires — c’est un coin du Croissant fertile où l’arbre fut parmi les tout premiers domestiqués. Deux zones le portent aujourd’hui : le nord-ouest autour d’Alep et d’Idlib (le district d’Afrin particulièrement prisé), et la bande côtière de Lattaquié et Tartous. Lors d’une belle saison, la Syrie s’est classée parmi les dix premiers producteurs mondiaux d’huile d’olive. Hors de la région, pourtant, son huile est quasi anonyme — et comprendre pourquoi en dit long sur le fonctionnement réel du commerce de l’olive.
Une terre à olives très ancienne
L’histoire oléicole de la Syrie se mesure en millénaires, pas en cycles marketing. Les vergers des collines calcaires derrière Alep comptent parmi les paysages cultivés les plus anciens qui soient, et le fruit a nourri une civilisation bien avant de nourrir un marché d’exportation. Les cépages locaux — Sorani, Zaity, Doebli, Kaissy et d’autres — donnent des huiles allant du souple et beurré sur la côte au plus ferme et robuste à l’intérieur. Une année normale, le pays produit aussi un grand volume d’olives de table pour ses propres tables et celles de ses voisins.
Le savon d’Alep : l’autre produit de l’olive
Voici ce que les mercuriales ne montrent jamais : une bonne part de l’huile d’olive syrienne ne devient jamais huile de salade. Elle devient savon. Le savon d’Alep — huile d’olive saponifiée avec de l’huile de baie de laurier — est l’un des plus anciens produits fabriqués sans interruption au monde, et il absorbe une part sérieuse de l’huile régionale. Rappel utile : dans les vieilles terres à olives, le fruit ne fut jamais que nourriture ; il était lumière, remède, marchandise et savon, et une part de cette économie ancienne tourne encore.
Pourquoi vous ne l’avez jamais goûtée
La raison brute de l’invisibilité de l’huile syrienne est la même que celle qui cache l’huile tunisienne et une bonne part de la grecque : elle part en vrac, sans marque, pour être assemblée et embouteillée sous l’étiquette d’autres pays — et, dans le cas syrien, la guerre et les sanctions ont en plus laminé le commerce d’exportation. Il y a ici de très bonnes huiles — mais faute de marques, de traçabilité et avec une chaîne logistique brisée, elle atteint les rayons étrangers, quand elle y parvient, en ingrédient anonyme d’une bouteille étrangère plutôt qu’en origine nommée.
Ce qu’il faut en retenir
- La Syrie est une terre à olives ancienne et sérieuse, pas marginale — jugez-la à l’héritage, pas à la présence en rayon.
- Une grande part de son huile se perd dans le vrac et le savon d’Alep, d’où sa méconnaissance.
- Ses cépages offrent un vrai registre — huiles côtières souples, huiles plus fermes à l’intérieur.
- Si vous croisez une huile syrienne ou levantine nommée, saisissez la rare occasion de goûter une très vieille tradition directement.
Huile d’olive syrienne : questions fréquentes
La Syrie est-elle un grand producteur d’huile d’olive ?
Oui — les bonnes années, elle s’est classée parmi les dix premiers producteurs mondiaux, même si guerre et sécheresse rendent la production irrégulière.
Où poussent les olives en Syrie ?
Surtout le nord-ouest autour d’Alep, Idlib et Afrin, et la région côtière de Lattaquié et Tartous.
Quels sont les principaux cépages syriens ?
Des cépages locaux comme le Sorani, le Zaity, le Doebli et le Kaissy, donnant des huiles du souple et beurré sur la côte au plus ferme à l’intérieur.
Qu’est-ce que le savon d’Alep ?
Un savon dur ancien fait d’huile d’olive et d’huile de baie de laurier, qui absorbe une part notable de l’huile d’olive régionale.
Pourquoi l’huile syrienne est-elle rare à l’étranger ?
Une grande part est exportée en vrac et embouteillée sous d’autres étiquettes, et guerre et sanctions ont désorganisé l’export de marque — elle apparaît donc rarement en origine nommée.
La Syrie prouve que notoriété et qualité sont deux choses différentes. C’est l’une des plus vieilles terres à olives du monde, capable une bonne année d’une récolte du top dix, et vous ne l’avez pourtant presque jamais vue nommée sur une bouteille — parce que son huile part en vrac pour être diluée, et qu’une bonne part devient savon d’Alep plutôt qu’huile de salade. Si vous trouvez un jour une vraie huile syrienne ou levantine nommée, achetez-la : vous goûtez une tradition vieille de millénaires, à la source, au lieu d’un anonymat blanchi sous l’étiquette d’un autre.
D’après les panoramas du secteur oléicole syrien (Alep, Idlib et gouvernorats côtiers) et l’histoire du savon d’Alep.