Syrie : portrait d’un pays de l’olivier

Prenez du recul et la Syrie apparaît comme l’une de ces grandes nations oléicoles que le monde a oubliées. Des dizaines de millions d’arbres, des variétés locales uniques, une culture de l’olivier remontant à l’Antiquité. Le conflit l’a chassée des manchettes, mais les oliveraies tiennent.
Échelle et histoire
Lors de ses meilleures années récentes, la Syrie a récolté près d’un million de tonnes d’olives sur quelque quatre-vingt-dix millions d’arbres, la plaçant parmi la demi-douzaine de premiers producteurs mondiaux. L’industrie n’a rien d’une nouvelle venue : l’olivier y pousse depuis l’Antiquité, et les terrasses d’Afrin et des collines du Nord comptent parmi les plus anciennes terres oléicoles continûment cultivées au monde. La récolte est tissée à la vie rurale : nourriture, huile, savon et revenu à la fois. Malgré les années de chaos, l’essentiel du patrimoine arboré a survécu.
Un héritage variétal singulier
Ce qui distingue la Syrie, c’est un ensemble de cépages locaux introuvables ailleurs. La Sorani ancre le négoce d’huile du Nord ; la Kaissy fournit les olives de table du littoral ; la Zaiti relie les deux usages. Aucune n’a été transformée en marque mondiale, si bien qu’elles restent vraiment locales — l’expression de lieux syriens précis plutôt que des marchandises internationalisées. Pour qui s’intéresse à la diversité de l’olive, le pays compte : c’est un réservoir vivant façonné par l’une des plus profondes cultures méditerranéennes.
Une diversité génétique comme celle de la Syrie compte au-delà du sentiment. Les variétés locales portent des traits — tolérance à la sécheresse, résistance aux maladies, à la chaleur — dont une Méditerranée qui se réchauffe pourrait avoir cruellement besoin. Le risque, en zone de conflit, n’est pas que la récolte de l’année : c’est la perte lente des vieux cépages et du savoir qui va avec.
D’après les statistiques du Conseil oléicole international et des sources agronomiques régionales.