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Les bons crus de l’huile d’olive

La France est un petit producteur d’huile d’olive et un gros consommateur. Cet écart explique presque tout du marché français — y compris les étiquettes provençales ensoleillées de bouteilles dont le contenu n’a jamais vu la Provence.

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AOP françaises d’huile
~4 500 t
production française typique
~105 000 t
consommation française
1994
la première AOC huile
Fruité noir
la spécialité française
Deux bouteilles d’un litre d’huile d’olive dorée étiquetées vierge extra A.O.C. de Nyons sur un étal de marché, à côté de tresses d’ail, de feuilles de laurier et de pain.
De l'huile AOC de Nyons sur un étal provençal. C'est l'appellation, et non l'étiquette ensoleillée, qui rattache une bouteille française à un verger français. Photo : « Huile d'olive de Nyons au marché d'Orange » par jean-louis zimmermann, via Wikimedia Commons, CC BY 2.0.

Commençons par l’arithmétique, car elle est la clé du reste. La France produit de l’ordre de quatre à cinq mille tonnes d’huile d’olive une année normale. La France en consomme plus de cent mille tonnes. L’écrasante majorité de l’huile versée dans les cuisines françaises est espagnole, italienne, tunisienne, grecque ou portugaise. L’huile d’olive française n’est pas un marché : c’est une gourmandise, produite en petite quantité, vendue surtout près de chez elle, et tarifée en conséquence.

Ce qui ne la rend pas négligeable. La France possède ce que les gros producteurs n’ont pas : huit appellations d’origine protégée pour l’huile, un jeu de variétés locales introuvables ailleurs en quantité, et un style d’huile que le reste du monde oléicole regarde avec une profonde méfiance.

1234567Les AOP françaises d’huile d’oliveUne étroite ceinture de la Provence à la vallée du Rhône, l’arrière-pays niçois et la CorseKey olive regionPays de l’olivier en FranceRécolte : novembre à janvier

1Nyons (Drôme) 2Vallée des Baux 3Aix-en-Provence 4Haute-Provence 5Nîmes 6Nice 7Corse
L’oléiculture française se limite au sud méditerranéen : la Drôme, les Alpilles, le pays d’Aix, la Haute-Provence, l’arrière-pays niçois, la garrigue nîmoise et la Corse.

Les huit appellations, et ce qu’elles goûtent vraiment

Le système d’appellations pour l’huile est jeune à l’échelle du vin : la première, Nyons, a été reconnue en 1994, les autres ont suivi sur une dizaine d’années. Chacune lie une aire géographique à des variétés autorisées et à des pratiques définies. Les différences sont réelles, et elles viennent surtout des variétés.

Appellation Variétés emblématiques Style
Nyons Drôme, les Baronnies Tanche Mûre, douce, peu amère ; le fruité noir classique
Vallée des Baux-de-Provence Les Alpilles Salonenque, Aglandau, Grossane, Verdale Fruité vert et fruité noir ; réputée aussi pour ses olives cassées
Aix-en-Provence Pays d’Aix Aglandau, Salonenque, Cayon, Picholine Pomme verte et artichaut, amertume franche
Haute-Provence Alpes-de-Haute-Provence et alentours Aglandau, dominante Verte, ardente, nettement amère et piquante
Nice Arrière-pays niçois Cailletier Délicate, douce, tendre ; amande et fruits secs
Nîmes Garrigue gardoise Picholine Verte, herbe coupée, nette et vive
Provence Large aire régionale Aglandau, Salonenque, Bouteillan et autres Variée ; une ombrelle régionale plus qu’un style unique
Corse – Oliu di Corsica Corse Sabina, Ghjermana, Zinzala et autres Mûre, douce, notes de fruits secs et de maquis

Le fruité noir, que les puristes appellent un défaut

Voici la contribution française vraiment singulière, et elle déclenche une dispute à chaque fois. À côté du style vert, amer et fraîchement trituré qui domine l’huile moderne, la France reconnaît un fruité noir : les olives sont volontairement conservées un certain temps avant trituration et subissent une fermentation maîtrisée qui donne une huile souple, douce, aux notes de champignon, de cacao et de fruits secs, presque sans amertume.

À la lettre des normes sensorielles internationales, ces arômes sont des défauts. Le système d’appellations français l’autorise et le codifie néanmoins, en le traitant comme un style traditionnel et non comme un accident, avec des règles de mise en œuvre. Les puristes trouvent cela indéfendable. Les producteurs français répondent que la technique est délibérée, maîtrisée, séculaire, et qu’elle donne une huile que les gens réclament. Les deux positions sont sincères. Ce qui compte pour vous, acheteur, est simplement de savoir que cela existe : si vous ouvrez une huile française souple, douce, un peu olive noire et cacao plutôt que verte et piquante, elle n’est probablement pas tournée. Elle est peut-être exactement ce qu’elle veut être.

Nyons, et une mise au point nécessaire

Nyons mérite sa réputation, mais on la décrit souvent de travers à l’étranger. La Tanche de la Drôme donne une olive de table noire, petite, ridée, franchement sèche, au caractère de noisette voire de cacao. La production est minuscule, le fruit est cher, et c’est une spécialité de niche — pas un produit de volume.

D’où l’erreur, fréquente, qui présente Nyons comme le substitut français des olives noires grecques. Ce n’est absolument pas le même produit : texture, préparation, usage, gamme de prix, tout diffère. Si un commerçant vous propose Nyons en remplacement de la Kalamata, il ne connaît pas ses olives. Et tant qu’à corriger : l’olive noire souple omniprésente sur les pizzas et dans les salades en France, vendue « façon grecque », est très souvent marocaine. Lisez le bocal. Voir aussi les olives françaises.

Acheter français sans se faire avoir

  • Une étiquette provençale n’est pas une origine. Lisez les petits caractères : beaucoup d’emballages ensoleillés contiennent de l’huile importée, en toute légalité.
  • Cherchez l’appellation si vous voulez une huile réellement française, à variétés et pratiques définies.
  • Choisissez vert ou noir. Demandez le style de la bouteille : en France c’est un vrai choix, pas un classement de qualité.
  • Achetez au moulin si vous le pouvez. Les petits producteurs vendent en direct, et l’huile a souvent des mois d’avance sur le rayon.
  • Attendez-vous à payer. Petits volumes, petites parcelles et main-d’œuvre chère : l’huile française se bat sur le caractère, jamais sur le prix.
  • Traitez les huiles de Nyons et de Nice comme des spécialités à savourer pour elles-mêmes, non comme des substituts.

Huile d’olive française : questions fréquentes

Combien la France produit-elle d’huile d’olive ?

Environ quatre à cinq mille tonnes une année normale, pour une consommation nationale largement supérieure à cent mille tonnes. La grande majorité de l’huile consommée en France est importée.

Combien y a-t-il d’AOP françaises d’huile d’olive ?

Huit appellations d’origine protégée pour l’huile : Nyons, Vallée des Baux-de-Provence, Aix-en-Provence, Haute-Provence, Nice, Nîmes, Provence, et Corse ou Oliu di Corsica.

Qu’est-ce que le fruité noir ?

Un style traditionnel français où les olives sont conservées avant trituration et subissent une fermentation maîtrisée, donnant une huile douce et souple aux notes de cacao et de fruits secs, peu amère. Les normes sensorielles internationales considèrent ces arômes comme des défauts ; le système français codifie le style.

L’olive de Nyons remplace-t-elle la Kalamata ?

Non. L’olive de Nyons, issue de la Tanche, est petite, ridée et franchement sèche, au caractère de noisette, produite en petite quantité et chère. C’est une spécialité de niche, pas une alternative à une olive grecque en saumure.

Une étiquette d’allure française signifie-t-elle une huile française ?

Pas du tout. L’imagerie provençale est du marketing. Seule la mention d’origine en petits caractères vous dit d’où vient l’huile.

Vu du métier

La chose la plus utile que je puisse vous dire sur l’huile française, c’est que le pays pratique deux styles et ne vous raconte qu’une histoire. Entrez dans un moulin des Alpilles ou de l’arrière-pays niçois en décembre, demandez le fruité vert et le fruité noir, et goûtez-les côte à côte. La plupart des gens sont stupéfaits : le noir ne ressemble à rien de ce qu’ils associent à l’huile d’olive, tout en cacao, olive noire et douceur — et la moitié d’entre eux le préfèrent. Il ne gagnera jamais un concours international, puisque selon les règles il est défectueux. Il est aussi délicieux, volontaire, et plus ancien que les règles. Prenez la petite bouteille et jugez vous-même.

D’après les cahiers des charges des AOP françaises d’huile d’olive, les données de production et de consommation de la filière française, et les descriptions courantes des variétés et des styles de trituration français.