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l’huile nouvelle 2008 est déjà en vente au moulin de La Fare les oliviers

Quelques semaines par hiver, les moulins de Provence vendent une huile pressée l’avant-veille : trouble, mordante, vivante. C’est la plus belle et la plus fugace des choses de l’année oléicole, et presque tout y est mal compris.

Nov.–déc.
la fenêtre de l’huile nouvelle
Trouble
non filtrée, encore en dépôt
Mordante
piquante et amère
5 kg
d’olives pour environ un litre
Semaines
la durée de l’effet

Poussez la porte d’un moulin en Provence, en Toscane, en Andalousie ou dans les îles grecques fin novembre : vous trouverez ce qu’aucun magasin ne vend : une huile pressée depuis quelques jours, tirée de la cuve dans le contenant que vous avez apporté. Elle est trouble, d’un vert intense, et elle vous fera tousser. On l’appelle huile nouvelle en France, olio nuovo en Italie. Même phénomène, même brève saison partout.

Ce n’est pas du marketing. L’huile nouvelle a réellement un autre goût que la même huile trois mois plus tard, et comprendre pourquoi en dit long sur ce qu’est vraiment l’huile d’olive.

12345Le pays des moulins provençauxBouches-du-Rhône et Alpilles, où les moulins de village pressent encore pour les producteurs locauxKey olive regionPays de l’olivierSaison de trituration : mi-octobre à fin décembre

1La Fare-les-Oliviers 2Aix-en-Provence 3Maussane-les-Alpilles 4Salon-de-Provence 5Nyons
Autour de l’étang de Berre et des Alpilles, de petits moulins coopératifs reçoivent le fruit tout l’automne et vendent l’huile nouvelle directement à la cuve.

Pourquoi l’huile nouvelle a ce goût

Deux choses se produisent en même temps.

Elle n’est pas filtrée. Sortie de cuve, l’huile tient encore en suspension de fines particules de fruit et un peu d’eau de végétation : c’est le trouble. Ces solides portent du goût, ce qui explique en partie son caractère vif et légèrement végétal. Mais ils sont instables : l’eau et la pulpe finiront par fermenter en bouteille, d’où la vie plus courte des huiles non filtrées et le filtrage habituel des huiles commerciales.

Ses polyphénols sont au sommet. L’amertume et le piquant qui accroche l’arrière-gorge viennent de composés phénoliques, l’oléocanthal en particulier, et ils culminent juste après la trituration. Ils s’estompent en quelques mois. La fameuse toux n’est pas un défaut : c’est le signal sensoriel direct d’une huile fraîche et riche en phénols, et les dégustateurs expérimentés comptent les quintes sans la moindre gêne.

L’huile nouvelle est donc à la fois plus délicieuse et moins durable que la même huile plus tard. Ces deux faits n’en font qu’un.

Huile nouvelle, au moulin La même, six mois après
Aspect Trouble, opaque, vert vif Claire, décantée, plus pâle
Amertume et piquant Au maximum — parfois saisissant Nettement adoucis
Arôme Herbe, artichaut, tomate verte Plus rond, plus discret
Stabilité Faible — le dépôt peut fermenter Meilleure, surtout si filtrée
Meilleur usage À cru, sur tout À cru et cuisson douce
À acheter pour Le plaisir immédiat La garde

Ce qui se passe au moulin

La saison court à peu près de la mi-octobre à la fin décembre, et un moulin de village tourne alors presque sans interruption. Les producteurs apportent le fruit en caisses ; on pèse, on souffle les feuilles, on lave les olives, puis on les broie — noyaux compris — en une pâte. Cette pâte est lentement brassée, l’étape dite de malaxage, pour que les gouttelettes d’huile microscopiques se rassemblent. Une centrifugeuse sépare ensuite l’huile de l’eau et des solides.

Deux choses distinguent une bonne trituration. La rapidité : un fruit broyé le jour de son arrivée donne une bien meilleure huile qu’un fruit resté trois jours. Et la température : un malaxage doux préserve arômes et phénols, tandis que chauffer la pâte extrait davantage d’huile mais emporte précisément les composés recherchés. Cet arbitrage est tout le sens de l’expression extraction à froid, et il explique pourquoi le jugement du moulinier compte autant que celui du producteur.

La règle que citent tous les moulins : environ cinq kilos d’olives par litre d’huile, même si le chiffre réel varie avec la variété, la maturité et la saison. Ce nombre mérite qu’on s’y arrête : la bouteille sur votre table représente le travail d’un arbre, la journée d’un cueilleur et quelque cinq kilos de fruit — c’est l’arithmétique du vrai coût d’une olive.

Bien acheter et bien utiliser l’huile nouvelle

Elle demande une approche un peu différente d’une bouteille ordinaire.

Achetez-en moins que vous n’en avez envie. La tentation, au moulin, est de remplir un bidon de cinq litres parce que c’est bon marché et magnifique. Mais une huile non filtrée se garde mal, et au printemps ce bidon sera fatigué. Prenez ce que vous consommerez réellement en quelques mois, et achetez une huile filtrée pour le reste de l’année.

Décantez, gardez au sombre et au frais. Si vous prenez un grand contenant, laissez reposer, transvasez l’huile claire au-dessus du dépôt dans des bouteilles foncées et abandonnez la lie. Rangez loin de la lumière et de la cuisinière : ce sont la chaleur et la lumière qui tuent une huile, pas le temps seul.

Utilisez-la à cru. Cuisiner avec de l’huile nouvelle détruit exactement ce que vous avez payé. Mettez-la sur du pain grillé, des haricots blancs, une soupe nature, des pommes de terre à l’eau, des légumes verts d’hiver. En Toscane, le rituel s’appelle la fettunta : pain grillé frotté d’ail et noyé d’huile nouvelle. Difficile de faire mieux.

Attendez-vous à ce qu’elle s’assagisse. L’huile achetée en décembre sera une autre chose, plus douce, en mars. C’est normal, ce n’est pas un défaut.

À retenir

  • La saison des moulins est courte : mi-octobre à fin décembre en Méditerranée nord.
  • Le trouble signifie non filtrée, pas supérieure : meilleure maintenant, moins durable.
  • Le picotement de gorge est un signal de fraîcheur, pas un défaut.
  • Achetez pour quelques mois, pas pour un an.
  • Consommez-la à cru : la chaleur détruit tout ce qui justifiait le déplacement.

Huile nouvelle : questions fréquentes

Qu’est-ce que l’huile nouvelle ?

Une huile vendue quelques jours ou quelques semaines après la trituration, généralement directement au moulin et non filtrée. Trouble, très aromatique, elle n’est disponible que pendant et juste après la saison de récolte.

Pourquoi est-elle trouble ?

Parce qu’elle n’est pas filtrée et tient encore en suspension de fines particules de fruit et un peu d’eau de végétation. Elles portent du goût mais raccourcissent sa vie.

Pourquoi fait-elle tousser ?

À cause de sa forte teneur en composés phénoliques, notamment l’oléocanthal, qui irritent la gorge. C’est un signe fiable d’huile fraîche et riche en phénols.

Combien de temps se garde une huile non filtrée ?

Moins bien qu’une huile filtrée. Les solides en suspension peuvent fermenter au fil des mois : mieux vaut la consommer en quelques mois, à l’abri de la lumière et au frais.

Combien d’olives pour un litre d’huile ?

Environ cinq kilos par litre est la règle usuelle, même si le rendement réel varie beaucoup selon la variété, la maturité et la saison.

Vu du métier

L’erreur que commet presque tout visiteur au moulin : acheter le grand bidon. C’est bon marché, c’est splendide le jour même, et en avril cela ne dit plus grand-chose sinon un vague goût de dépôt. Prenez une quantité modeste d’huile nouvelle, traitez-la comme une primeur au même titre que les premières asperges, et finissez-la tant qu’elle fait tousser. Achetez ensuite une huile filtrée en bouteille foncée pour la cuisine. Deux produits, deux usages — et qui veut faire faire les deux à une seule bouteille est déçu dès le printemps.

Éléments généraux sur la trituration, la stabilité des huiles non filtrées et les traditions des moulins provençaux.