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Algérie

Jijel-Algérie : les potentialités pour développer l’olivier sont importantes

December 11, 2007 6 min read

Planter davantage est la partie facile. Dans des wilayas comme Jijel, où des milliers d’hectares de coteaux pourraient porter des oliviers, la vraie contrainte n’est pas la terre : c’est ce qui se passe dans les douze heures qui suivent la cueillette.

Coteaux
la terre disponible
Type de moulin
la décision qualité
12 heures
la fenêtre décisive
Caisses
pas de sacs plastique
Coopératives
l’échelle des petits

Parcourez les chaînes côtières du nord-est algérien en décembre : un bâtiment éclairé sur deux est une huilerie. Deux équipes, neuf ou dix ouvriers, des tracteurs qui font la queue avec leurs remorques de fruits, du travail jusque tard dans la nuit. Cela ressemble à une filière à plein régime, et c’est le cas. Ce n’est pas forcément une filière qui fait la meilleure huile possible — car le matériel installé dans la plupart de ces bâtiments a été conçu pour d’autres priorités.

La terre existe vraiment

Les wilayas des montagnes du Nord disposent couramment de bien plus de terres favorables à l’olivier qu’elles n’en ont plantées : piémonts, terrasses au-dessus des vallées, sols caillouteux où rien d’autre ne pousse avec profit. L’olivier prend tout cela, ne demande pas d’irrigation et produit un siècle durant. Les associations d’oléiculteurs ont raison de parler d’un potentiel important : doubler la surface plantée sur des coteaux marginaux est agronomiquement plausible, ce qui n’est plus le cas dans les plaines saturées d’Europe du Sud.

Mais la surface plantée est une variable lente. Un olivier met des années à produire vraiment et une décennie à atteindre sa maturité utile : un programme de plantation d’aujourd’hui, c’est une récolte des années 2030. Pendant ce temps, les vergers existants, parfois très vieux, donnent déjà des fruits qui arrivent dans des moulins capables d’en tirer, le même jour, une huile fine ou une huile ordinaire. Voilà le levier rapide, et il coûte beaucoup moins cher.

Type de moulin Fonctionnement Effet sur l’huile
Presse traditionnelle Meules de pierre, pâte étalée sur scourtins, pressage hydraulique Lent ; longue exposition à l’air ; scourtins difficiles à nettoyer ; risque de chômé et de vineux
Semi-automatique Broyeur métallique et malaxeur, pressage ou séparation partielle Plus rapide que la pierre ; toujours par lots ; la qualité dépend de l’hygiène
Continu trois phases Broyeur fermé, malaxeur, centrifugeuse horizontale avec ajout d’eau Rapide et propre ; consomme plus d’eau ; lessive une partie des phénols
Continu deux phases Comme ci-dessus, avec peu ou pas d’eau ajoutée Le plus propre ; retient plus de phénols ; produit des grignons humides à gérer
N’importe quel moulin mal conduit Malaxage trop chaud, longues attentes, matériel sale Ruine un bon fruit, quelle que soit la technologie

Pourquoi les vieilles presses subsistent

Il serait tentant de dire que la presse traditionnelle doit disparaître ; c’est trop simple. Un moulin à pierre s’achète pour peu, se répare avec des compétences locales, tolère un courant électrique capricieux, et permet à un petit producteur de triturer ses cinq caisses et de repartir avec son huile — ce qu’aucune ligne continue ne fera économiquement pour lui. Dans des villages où la confiance compte plus que le débit, voir ses propres olives passer sous la meule vaut quelque chose de réel.

Ce que la vieille presse ne sait pas faire, c’est protéger la pâte de l’air. Broyer et mélanger à l’air libre, puis étaler la pâte sur des scourtins difficiles à nettoyer à fond, est une invitation permanente à l’oxydation et aux résidus microbiens qui produisent les notes de chômé et de vineux. Quand ces scourtins servent toute la journée aux lots de producteurs différents, un lot négligé contamine le suivant. Ce n’est pas un reproche adressé aux hommes : c’est la physique du matériel.

Les douze heures qui décident de tout

Voici ce que j’afficherais dans chaque village de la région. Le fruit commence à se dégrader dès qu’il est détaché. Les meurtrissures rompent les cellules, enzymes et micro-organismes se mettent au travail, et l’acidité libre qui détermine le grade de l’huile grimpe. Entassées ou ensachées dans du plastique, les olives s’échauffent par leur propre respiration, et la chaleur accélère tout. Une journée dans un sac plastique sous un hangar tiède peut transformer un fruit d’extra vierge en huile vierge avant même de voir un moulin.

La parade ne coûte presque rien : des caisses ajourées au lieu des sacs, des couches minces au lieu des tas, de l’ombre au lieu du soleil, et un créneau de trituration réservé pour que le fruit n’attende pas dans la cour. Les producteurs qui font ces quatre choses obtiennent un meilleur prix avec les mêmes arbres, et l’écart dépasse d’ordinaire tout ce qu’apporteraient une variété nouvelle ou un plan de fertilisation.

Ce qui ferait vraiment monter la qualité

  • Des caisses, pas des sacs, et jamais de plastique : ce seul geste sauve plus d’huile que n’importe quelle machine.
  • Triturer dans les douze heures, vingt-quatre au grand maximum.
  • Investissement coopératif dans la séparation moderne, aucun petit producteur ne pouvant financer seul une ligne continue.
  • Une hygiène obsessionnelle au moulin : scourtins et surfaces nettoyés entre les lots, pas en fin de journée.
  • Des cuves pleines, fraîches et à l’abri de la lumière après trituration ; une huile laissée dans un fût à moitié vide s’oxyde vite.
  • Planter pour la génération suivante, mais réparer la logistique de récolte pour celle-ci.

Moulins et qualité : questions fréquentes

Le moulin à pierre est-il moins bon qu’un moulin moderne ?

Pour la qualité, en général oui : à cause de l’exposition à l’air pendant le broyage et le pressage, et de scourtins difficiles à nettoyer entre les lots. Il survit parce qu’il est bon marché, réparable et commode pour les très petits producteurs.

Quelle différence entre deux phases et trois phases ?

La centrifugeuse trois phases ajoute de l’eau pour séparer huile, grignons et margines, ce qui lessive une partie des phénols hydrosolubles. La deux phases n’ajoute presque pas d’eau : elle retient plus de phénols mais produit des grignons humides à traiter.

En combien de temps faut-il triturer ?

Le plus vite possible : douze heures est un bon objectif, vingt-quatre la limite extrême. Au-delà, le fruit s’échauffe, les meurtrissures fermentent et l’acidité libre monte, ce qui peut faire sortir l’huile du grade extra vierge.

Pourquoi les sacs comptent-ils autant ?

Parce que les olives respirent et dégagent de la chaleur. Tassées dans un sac, surtout plastique, elles s’échauffent et commencent à fermenter. Des caisses ajourées en couches minces gardent le fruit frais et intact.

Planter davantage suffit-il ?

Cela augmente le volume à terme — les arbres mettent des années à produire — mais ni la qualité ni la valeur. Capacité de trituration, logistique de récolte et stockage décident si ce volume devient huile de prime ou vrac bon marché.

Côté métier

J’ai vu deux producteurs livrer le même matin des fruits de coteaux voisins : l’un en caisses, l’autre dans des sacs plastique gonflés restés au soleil depuis la veille. Même variété, même pente, même moulin. Les deux huiles n’étaient pas dans la même catégorie — et l’homme aux sacs a incriminé le moulin. Le débat sur la technologie compte, mais il vient après un débat bien moins coûteux. Achetez des caisses. Réservez votre créneau. Ensuite, discutez centrifugeuses.

D’après les technologies courantes de trituration et les pratiques de manutention après récolte.