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Fin d’année 2025 : huile bon marché et questions difficiles

À la fin de 2025, les rayons étaient pleins et les prix avaient fortement chuté. On aurait dû s’en réjouir — pourtant cette huile bon marché arrivait avec mauvaise conscience, car ces mêmes prix bas ruinaient discrètement les producteurs qui l’avaient faite.

Une bouteille d’huile d’olive extra-vierge à la fin d’une année de surproduction

2024/25
récolte pléthorique
Bien plus bas
qu’au pic de 2024
~2,7 €/kg
prix export tunisien
3,40 €/kg
minimum tunisien
À perte
au départ ferme

Toute matière première a deux prix censés coïncider et qui coïncident rarement : celui que paie le consommateur, et celui que touche le producteur. Pendant une décennie folle, ces deux chiffres se sont dissociés dans un sens — huile chère, clients furieux. Fin 2025, ils se sont dissociés dans l’autre : huile bon marché, et producteurs vendant sous le coût de revient. Une grosse récolte 2024/25 avait rempli les caves, les exportations étaient soutenues, et l’extra-vierge se situait bien en dessous de son record de 2024. Sur le papier, la crise était finie. Dans les vergers, une autre venait de commencer.

Pourquoi l’huile bon marché n’égale pas un marché sain

Un excédent règle le problème du consommateur et crée celui du producteur. Quand l’huile dépasse la demande, le prix au départ peut tomber sous le coût de production, de récolte et de trituration — surtout dans les vergers traditionnels aux arbres âgés et espacés, récoltés à la main, qui n’égaleront jamais l’économie au litre d’une plantation super-intensive en haie. Les années à perte ne se résorbent pas vite. Le producteur qui ne couvre pas ses coûts renonce à tailler, écourte la récolte, ou abandonne carrément un verger ; et un arbre abandonné n’est pas un interrupteur qu’on rallume la saison suivante. Voilà le dégât silencieux que masque une « bonne nouvelle » sur les prix.

La question tunisienne

Le point de friction, en fin d’année, fut l’huile nord-africaine bon marché. La Tunisie avait une grosse récolte à écouler, et une bonne part de très belle huile tunisienne aurait été vendue à des acheteurs européens bien sous son propre minimum officiel d’exportation — parfois autour de 2,7–2,8 € le kilo pour un plancher affiché à 3,40 €. Pour un producteur espagnol ou italien déjà vendant à perte, cela ressemble à un plancher que l’on fait sauter sous tout un marché. Pour un producteur tunisien, c’est le seul moyen d’écouler une récolte record. Les deux ont raison : c’est pourquoi le problème est si difficile — pas de coupable, juste un excédent et une ruée vers la sortie.

Ce que ferait vraiment un prix juste

La réponse honnête que personne, en pleine guerre des prix, ne veut entendre, c’est que les deux extrêmes sont mauvais. Un pic à la 2024 chasse la vraie huile des cuisines ordinaires et laisse la place aux fraudeurs. Un creux à la 2025 affame les producteurs qui gardent les arbres en vie. Ce qu’il faut souhaiter est banal : un prix juste, stable, couvrant les coûts, qui laisse un producteur honnête en activité et met du vrai extra-vierge en rayon à un prix qu’une famille peut payer. Ce n’est pas romantique et ça ne fait pas la une. C’est simplement la seule version durable de ce marché. Voir le vrai coût d’une olive.

Le soulagement Grosse récolte 2024/25, caves pleines, prix bien sous le pic de 2024
Le piège Au départ ferme, beaucoup de producteurs vendent sous le coût de production
Le point de friction Huile tunisienne bon marché vendue en Europe sous son propre minimum officiel
Qui gagne Consommateurs, assembleurs, embouteilleurs qui achètent bon marché
Qui perd Les producteurs traditionnels récoltés à la main, sans coussin de coûts
Le vrai remède Un prix juste et stable — ni pic, ni krach

Ce que l’acheteur doit en retenir

  • Bon marché n’est pas automatiquement bon. Un « extra-vierge » au rabais, même en année d’excédent, mérite un second regard — c’est aussi là que se cache la fraude.
  • L’origine traçable compte toujours, même quand l’huile est bon marché : elle dit qu’un vrai producteur a été payé.
  • Achetez le juste milieu honnête. Le prix juste qui garde un producteur en activité est celui qui garde de la vraie huile en rayon l’an prochain.
  • Suivez l’histoire du verger, pas seulement celle du supermarché. Bon marché en rayon peut signifier crise au verger.

Huile bon marché et questions difficiles : questions fréquentes

Pourquoi les prix de l’huile d’olive étaient-ils bas fin 2025 ?

Une grosse récolte 2024/25 avait reconstitué les stocks mondiaux après des années de pénurie, et l’extra-vierge était retombé bien sous son record de 2024 — un basculement classique de la rareté à l’excédent.

Si l’huile était bon marché, pourquoi le métier était-il inquiet ?

Parce que ces mêmes prix bas laissaient beaucoup de producteurs vendre sous le coût de production. L’huile bon marché est bonne pour le consommateur et dure pour les producteurs, surtout les vergers traditionnels récoltés à la main.

Quel était le problème des importations tunisiennes ?

La Tunisie avait une grosse récolte, et une partie de son huile aurait été vendue en Europe bien sous son propre minimum officiel d’exportation, ce qui accentuait la pression baissière sur des producteurs européens déjà à perte.

Un excédent vaut-il mieux qu’une pénurie ?

Les deux extrêmes font des dégâts. Un pic chasse la vraie huile des cuisines et invite la fraude ; un krach affame les producteurs. Seul un prix juste et stable est un état sain.

Que faire en tant qu’acheteur ?

Ne courez pas après la bouteille la moins chère. Cherchez une origine traçable et une vraie date de récolte, et acceptez de payer un prix juste qui garde des producteurs honnêtes en activité.

Le mot du métier

Voici ce qu’une décennie d’observation de ce marché apprend : les grandes oscillations ne servent personne longtemps. Tout le monde applaudit l’huile bon marché jusqu’à remarquer que le producteur qui l’a faite coule ; tout le monde maudit l’huile chère jusqu’à se rappeler que c’était une vraie pénurie, pas de la cupidité. La seule version durable de ce métier est la version ennuyeuse — une huile honnête à un prix juste et stable, dont un producteur peut vivre et qu’une famille peut s’offrir. C’est tout l’argument de ce site, et 2025 l’a démontré par l’autre bout.

D’après les statistiques de fin d’année du Conseil oléicole international (décembre 2025) et le suivi du marché sur le creux des prix de 2025 et les prix export tunisiens.