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Abattre les anciens : le choix brutal de la Xylella

30 avril 2015 5 min de lecture Read it in English →

Quand une maladie n’a pas de remède, le seul confinement est la hache. Dans les Pouilles, combattre la Xylella a signifié abattre les arbres infectés — et, plus douloureux, les arbres sains autour d’eux — dans des vergers où un olivier peut être un lien vivant avec un arrière-grand-père. La science et le cœur tiraient en sens contraires.

Oliviers anciens dans la campagne des Pouilles

Pouilles
sud de l’Italie
Sans remède
tout le problème
Zones tampons
les arbres sains aussi
Séculaires
parmi les abattus
Résistance
les paysans ont lutté

Aucun traitement ne pouvant sauver un arbre infecté, la seule façon de ralentir Xylella fastidiosa est de retirer les hôtes avant qu’elle ne les gagne. Dans les Pouilles, les autorités ont donc ordonné l’abattage des arbres infectés et, plus douloureux encore, des arbres sains autour d’eux pour créer des zones tampons que la bactérie ne franchirait pas. Dans une terre où l’olivier est un héritage familial, certains vieux de plusieurs siècles, l’ordre est tombé comme une sentence. La riposte fut farouche : manifestations, blocages, recours en justice, des gens s’enchaînant aux troncs pour arrêter les scies.

1234Où a eu lieu l’abattageLe Salento, le talon de l’Italie, dans le sud des PouillesKey olive regionZone du foyerOrdres d’éradication : 2015

1Lecce (épicentre) 2Gallipoli 3Ostuni 4Brindisi
L’épidémie s’est centrée sur la péninsule du Salento autour de Lecce et a gagné le nord ; l’abattage tampon a atteint des vergers sains devant le front.

L’arithmétique impossible

Le dilemme était véritablement déchirant, et il faut en énoncer honnêtement les deux versants. La logique scientifique était froide et claire : sans remède et avec un insecte vecteur, on taille un pare-feu d’arbres retirés devant la maladie, ou l’on perd toute la région. La logique humaine était tout aussi réelle : on ne peut demander à une famille d’abattre, sur une probabilité, un arbre sain que son arrière-grand-père a planté — un arbre qui a peut-être ombragé cinq générations. Les deux camps avaient raison, et c’est ce qui rendait la chose insupportable. Il n’y avait pas de bonnes options, seulement des moins mauvaises.

Pourquoi le retard a compté

La résistance, si compréhensible fût-elle, eut un coût. Les recours et les blocages ont ralenti les abattages, et pendant que les débats faisaient rage, la bactérie continuait de monter vers le nord, d’arbre en arbre, au rythme que ses insectes vecteurs permettaient. C’est la logique cruelle d’une maladie incurable et véhiculée par un insecte : l’hésitation n’est pas neutre. Chaque saison de retard, c’est du terrain perdu. Les responsables du confinement, partout, en ont tiré la leçon — et un avertissement sur la difficulté de trancher à temps, parmi des gens qui aiment leurs arbres.

Pourquoi c’est plus qu’une histoire italienne

Voyez des gens se battre pour sauver de la scie tel olivier ancien et vous comprenez ce que ces arbres signifient — non de simples cultures, mais des monuments vivants, des liens avec les aïeux et le lieu. C’est aussi une sinistre répétition. Un monde qui se réchauffe et se prête davantage aux fléaux imposera des versions de ce choix à des producteurs bien au-delà des Pouilles. Le plus grand don de l’olivier, sa quasi-immortalité, est précisément ce qui fait qu’en abattre un ressemble à une mort plutôt qu’à une récolte.

Salento, sud des Pouilles, Italie
Maladie Xylella fastidiosa — sans remède
Confinement Abattre les arbres infectés + zones tampons saines
La douleur Certains arbres abattus étaient séculaires
La résistance Manifestations, blocages, recours
Le coût du retard La bactérie a continué de monter au nord

Ce que cela apprend sur l’olivier

  • Une maladie incurable et véhiculée par un insecte change l’hésitation en perte — le retard a un prix.
  • Les oliviers anciens sont un héritage, pas seulement une récolte ; d’où le déchirement de les abattre.
  • L’abattage tampon sacrifie des arbres sains pour sauver la région — déchirant mais parfois nécessaire.
  • Un climat qui se réchauffe apportera plus de ces choix aux producteurs partout.

La Xylella et l’abattage des oliviers des Pouilles : questions fréquentes

Pourquoi abattre des arbres sains, pas seulement les malades ?

Parce que la bactérie n’a pas de remède et se propage par des insectes. Retirer une bande d’arbres sains devant le foyer crée un pare-feu que la maladie franchit moins bien.

Les arbres abattus étaient-ils vraiment séculaires ?

Beaucoup d’oliviers des Pouilles sont très vieux, certains réellement séculaires. D’où la douleur des ordres d’éradication — ils signifiaient détruire un patrimoine vivant, pas seulement une culture.

Pourquoi les paysans ont-ils tant résisté ?

Parce qu’un olivier ancien est un trésor familial et communautaire, pas un simple actif. Abattre un arbre sain sur une probabilité, pour protéger la région, a paru à beaucoup une injustice.

La résistance a-t-elle aggravé les choses ?

Les retards dus aux manifestations et aux recours ont laissé à la bactérie plus de temps pour monter au nord. Avec une maladie incurable et véhiculée par un insecte, l’hésitation a un coût réel.

Cela peut-il arriver ailleurs ?

Oui. La Xylella et des menaces semblables, favorisées par le réchauffement, pourraient imposer les mêmes choix brutaux de confinement à des producteurs bien au-delà des Pouilles.

Le mot du métier

Je me suis tenu dans de vieux vergers, et je comprends parfaitement pourquoi des gens se sont enchaînés à ces troncs. Un olivier qui a nourri cinq générations n’est pas une culture qu’on radie sur un tableur ; c’est la famille. Mais je connais aussi la froide vérité d’une maladie sans remède et d’un insecte pour la porter : on taille devant elle ou l’on perd tout. Les deux camps avaient raison, et c’est ce qui rendait les Pouilles si amères à regarder. Le plus triste, c’est que ce qui rend un olivier précieux — qu’il puisse nous survivre bien des fois — est ce qui fait qu’en abattre un ressemble à un meurtre.

D’après la couverture de l’époque sur les ordres d’éradication de la Xylella et les protestations des paysans dans les Pouilles (2015).