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Tout savoir sur l’huile d’olive

May 19, 2008 7 min read

Sacrée dans l’Antiquité, recommandée par les nutritionnistes, versée partout de Marseille à la Bretagne — l’huile d’olive est le corps gras le plus mythifié de la cuisine. Voici ce qui est réellement vrai, et ce que le marketing passe sous silence.

Un fruit
un seul ingrédient
0,8 %
plafond d’acidité extra-vierge
~119 kcal
par cuillère à soupe
12–18 mois
fenêtre de consommation réaliste
Sombre et frais
conservation
Un flacon en verre rempli d'huile d'olive dorée, entouré de plats provençaux : olives vertes, tapenade noire et tranches de pain grillé.
Du jus de fruit filtré qui se trouve être un corps gras : l'huile, les olives de table et la tapenade sortent toutes du même petit fruit amer. Photo : « Huile d'olive 01 » par Arnaud 25, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

L’huile d’olive fait l’objet d’un culte tranquille. Les nutritionnistes la recommandent, les cuisiniers l’attrapent par réflexe, et elle trône désormais sur des étagères de régions où l’olivier n’a jamais poussé et ne poussera jamais : au fin fond de l’Alsace, en Bretagne, en Normandie, terres historiques du beurre et de la crème. Voilà un beau parcours commercial pour ce qui n’est, une fois la poésie retirée, que le jus d’un petit fruit amer.

Ce culte n’est pas infondé. Mais il s’est recouvert d’une épaisse couche de marketing, et l’on ne distingue plus très bien la couche du fond. Séparons-les.

C’est un jus de fruit, et tout part de là

Presque toutes les autres huiles de cuisine — tournesol, colza, soja, maïs, arachide — sont extraites d’une graine à la chaleur, le plus souvent avec un solvant, puis raffinées jusqu’à n’avoir ni odeur, ni couleur, ni goût. Ce n’est pas un scandale : c’est ainsi qu’on tire de l’huile d’une graine à un prix raisonnable. L’huile d’olive diffère sur un point précis : les bonnes catégories s’obtiennent en broyant un fruit entier et mûr, puis en séparant l’huile mécaniquement, sans rien ajouter ni rien retirer. Ce que vous versez est, littéralement, un jus de fruit filtré qui se trouve être gras.

Tout ce qui rend une bonne huile intéressante en découle. L’amertume, le poivre qui accroche le fond de la gorge, l’odeur d’herbe coupée ou de feuille de tomate, la couleur : ce sont des composés du fruit, qui survivent parce que l’huile n’a jamais été raffinée. Ce sont aussi, ce n’est pas un hasard, les composés qui intéressent le plus les chercheurs. Raffinez l’huile et ils disparaissent ; il reste une graisse de cuisson neutre et parfaitement honnête, issue d’olives.

Les catégories, sans détour

Le vocabulaire de l’étiquette est défini par la loi et presque universellement mal compris. Voici ce que les mots veulent dire.

Catégorie Mode d’obtention Acidité libre max. Caractère
Extra-vierge Extraction uniquement mécanique — broyage, malaxage, centrifugation. Ni traitement thermique, ni solvant. 0,8 % Fruitée, souvent amère et poivrée. Aucun défaut de dégustation admis.
Vierge Procédé identique, mais l’huile est moins bien notée en chimie ou en dégustation. 2,0 % Consommable, mais un jury entraîné y détecte un défaut.
Lampante Huile vierge recalée à la dégustation. Historiquement, huile de lampe. au-delà de 2,0 % Non vendable en alimentaire avant raffinage.
Huile d’olive raffinée Lampante traitée à la chaleur, à la soude, à la terre décolorante et désodorisée. 0,3 % Neutre. Presque sans odeur ni saveur.
Huile d’olive (simple) Huile raffinée recoupée d’un peu de vierge pour la couleur et le parfum. 1,0 % Douce, faiblement olive. La bouteille de cuisson standard.
Huile de grignons d’olive Extraite au solvant du tourteau et des noyaux, puis raffinée. 1,0 % Huile de friture neutre. Juridiquement olive, sensoriellement non.

Deux conséquences pratiques. D’abord, une bouteille étiquetée simplement huile d’olive est majoritairement de l’huile raffinée : c’est une graisse de cuisson, pas une huile de dégustation, et la payer cher n’a aucun sens. Ensuite, l’extra-vierge est la seule catégorie où le goût fait partie de la définition légale — c’est donc aussi celle où la fraude est rentable. Nous avons écrit ailleurs sur l’extra-vierge qui n’en est pas et sur la façon dont on coupe l’huile d’olive.

Cela reste un corps gras, et l’auréole le fait oublier

Une cuillère à soupe d’huile d’olive, c’est environ 119 calories et près de 13,5 grammes de lipides. Ce n’est pas un reproche : c’est vrai de tout corps gras liquide, puisque tous pèsent environ neuf calories le gramme. Mais l’auréole santé est si solide que les gens cessent tout bonnement de compter, et une main généreuse au-dessus d’une salade ajoute vite plusieurs centaines de calories à une assiette qu’on croyait vertueuse.

Les données qui plaident pour l’huile d’olive sont massivement des données de substitution : ceux qui l’emploient à la place du beurre, du saindoux ou d’huiles très raffinées s’en sortent mieux. Ce ne sont pas des données d’ajout. Verser de l’huile d’olive sur une alimentation inchangée n’est pas ce que les études ont testé. Gardez cette distinction et le sujet devient bien plus clair. Ceci est une information générale, pas un avis médical.

Ce que c’est Jus du fruit de l’olivier, extrait mécaniquement
Corps gras dominant Mono-insaturé — surtout acide oléique
Énergie Environ 119 kcal par cuillère à soupe (13,5 g)
Composés mineurs clés Polyphénols (dérivés de l’oleuropéine, hydroxytyrosol, oléocanthal), vitamine E, squalène
Ennemis Lumière, chaleur, oxygène, temps
Conservation Verre teinté ou bidon, placard frais, bouchon fermé, loin des plaques
Fenêtre réaliste 12 à 18 mois après récolte ; meilleure la première année

L’acheter, et la garder vivante

La chose la plus utile sur une bouteille est la date de récolte ; la plus inutile est la mention première pression à froid. Les moulins modernes ne pressent plus : ils broient et centrifugent la pâte en une seule passe continue. Il n’y a pas de seconde pression dont on serait le premier. La formule survit parce qu’elle vend, pas parce qu’elle signifie quelque chose.

Ce qui signifie quelque chose : une année de récolte, une origine nommée, un contenant opaque et un commerce qui tourne assez pour renouveler ses stocks. L’huile d’olive ne se bonifie pas. Elle est au sommet jeune et décline dès sa naissance, plus vite encore dans du verre clair sous les néons d’un supermarché. Achetez un format que vous finirez en quelques mois plutôt qu’un beau bidon qui rancira sur le plan de travail.

  • Lisez la date de récolte, pas la DDM : celle-ci se calcule à partir de la mise en bouteille, qui peut être bien postérieure à la trituration.
  • Choisissez le verre teinté ou le bidon. La bouteille transparente est un choix de vitrine, pas de conservation.
  • Rangez-la dans un placard, pas près du feu. La chaleur abîme autant que la lumière.
  • Ne transvasez pas dans un joli pichet ouvert. L’oxygène travaille sans se voir.
  • Achetez deux huiles, pas une : une raffinée bon marché pour la chaleur, une bonne extra-vierge pour le cru.
  • L’amertume et le poivre sont des qualités. Une huile toute neuve qui pique un peu se comporte normalement.

Huile d’olive : questions fréquentes

L’extra-vierge est-elle vraiment meilleure, ou est-ce du marketing ?

C’est une catégorie définie par la loi, pas un slogan : extraction uniquement mécanique, acidité libre au plus de 0,8 %, aucun défaut détectable à la dégustation. Qu’une bouteille donnée respecte cette définition est une autre question — et c’est précisément pourquoi la fraude persiste dans cette catégorie.

Peut-on cuisiner à l’extra-vierge ?

Oui, pour la cuisine domestique ordinaire. Elle résiste mieux à l’oxydation que son point de fumée modeste ne le laisse croire, grâce à ses antioxydants naturels. Mais la chaleur détruit les arômes que vous avez payés : pour une friture profonde ou une cuisson longue et vive, une huile d’olive raffinée est le choix sensé et moins cher.

L’huile d’olive se périme-t-elle ?

Elle rancit plutôt qu’elle ne devient dangereuse. Une huile oxydée sent le vieux crayon de cire, le mastic ou la canalisation, et sa texture en bouche devient plate et grasse. Elle ne vous rendra pas malade, mais elle a perdu l’essentiel de son intérêt.

Que vaut la mention « première pression à froid » ?

Commercialement, presque rien. Plus personne ne presse : on centrifuge en continu. Extraction à froid — pâte maintenue sous 27 °C environ — est le terme moderne qui a du sens.

Une huile verte vaut-elle mieux qu’une huile dorée ?

Non. La couleur dépend de la maturité du fruit et de la variété, pas de la qualité, et elle se manipule. Les verres de dégustation professionnels sont volontairement bleus pour que le jury ne voie pas l’huile du tout.

Vu de l’intérieur

Si vous ne retenez qu’une habitude, retenez la date de récolte. Dans le métier, la date de mise en bouteille est un fait logistique ; la date de récolte est la vérité. On stocke couramment l’huile en cuve pour n’embouteiller qu’à la commande — c’est parfaitement légal, et cela veut dire qu’une bouteille datée de cette année peut contenir une huile triturée deux campagnes plus tôt. Les producteurs fiers de leur fruit affichent la campagne en face avant. Les autres y mettent une colline toscane au soleil, et une DDM au dos. Voilà tout l’indice.

Catégories et plafonds d’acidité d’après la norme commerciale du Conseil oléicole international et la réglementation européenne de commercialisation correspondante ; valeurs énergétiques et lipidiques d’après les tables de composition usuelles.