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Les Nabatéens qui cultivaient l’olivier au désert

27 avril 2010 4 min de lecture Read it in English →

Le désert du Néguev ne devrait pas être un lieu pour l’olivier. Pourtant, sur ses pentes desséchées, les Nabatéens, puis les paysans byzantins après eux, élevèrent de vraies oliveraies — en aménageant le désert lui-même, canalisant les rares crues éclair de l’année sur des champs en terrasses jusqu’à ce que la terre puisse nourrir un arbre. C’est l’un des plus audacieux exploits oléicoles de l’histoire.

Néguev
le désert en question
~100 mm
pluie annuelle
Culture de ruissellement
l’astuce clé
Avdat, Shivta
villes d’huile du désert
Apogée byzantine
IVe–VIe s. apr. J.-C.

Le Néguev, dans l’actuel sud d’Israël, est un vrai désert : de hautes terres nues qui ne voient qu’environ cent millimètres de pluie par an, tombés pour l’essentiel en quelques averses violentes. Un olivier en veut bien davantage. Et pourtant les ruines de villes antiques — Avdat, Shivta, Nessana — se dressent au milieu de vestiges de champs en terrasses et de pressoirs à olives, preuve qu’on y fit jadis de l’huile. On y parvint non en trouvant l’eau, mais en la capturant.

1234Où poussèrent les oliveraies du désertLes hautes terres du Néguev, sud d’IsraëlKey olive regionVille d’huile du désertApogée : IVe–VIe s. apr. J.-C.

1Avdat (Oboda) 2Shivta (Sobata) 3Nessana 4Mamshit
Nabatéens et Byzantins canalisaient le rare ruissellement des crues éclair sur des oueds en terrasses pour cultiver olives, vignes et grains.

Cultiver la crue, non la pluie

Le génie, ce fut la culture de ruissellement. Sur les versants nus, les Nabatéens bâtirent des murets, des canaux et des milliers de petites terrasses qui captaient la pluie ruisselant des pentes et la canalisaient vers des lits d’oued cultivés. Un champ en contrebas pouvait recevoir le ruissellement d’un versant bien plus grand que lui — de quoi, en somme, donner à une terrasse l’équivalent d’une pluie bien plus abondante. Citernes et barrages de retenue stockaient ce qu’ils pouvaient. Le désert fut re-plombé pour nourrir les cultures.

Des villes d’huile sur la route de l’encens

Ce n’était pas une survie de gratteurs ; c’était une infrastructure liée au commerce. Les Nabatéens s’enrichirent en tenant la route de l’encens à travers le désert, et leurs villes devinrent de fixes centres agricoles. Sous la domination byzantine, du IVe au VIe siècle apr. J.-C., le système atteignit son sommet, et l’huile d’olive comptait parmi ses produits, pressée dans les villes dont les ruines subsistent. Des oliveraies qui auraient dû être impossibles nourrissaient une vraie économie au bord des sables.

Pourquoi cela compte encore

Les oliveraies du Néguev sont une leçon sur ce que l’olivier peut endurer. L’arbre est déjà réputé coriace — résistant à la sécheresse, tolérant au sel, patient —, mais ici l’ingéniosité humaine le poussa bien au-delà de sa limite naturelle, jusque dans une terre qui reçoit le dixième de ce qu’une oliveraie exige d’ordinaire. Dans un monde qui se réchauffe, où les producteurs s’inquiètent partout de l’eau, ces terrasses antiques sont étrangement modernes : la preuve qu’une habile récolte de l’eau peut porter l’olivier dans des contrées que la seule pluie n’autoriserait jamais. L’endurance de l’arbre est un fil qui traverse l’encyclopédie.

Hautes terres du Néguev, sud d’Israël
Pluie ~100 mm par an
Méthode Culture de ruissellement (crues)
Bâtisseurs Nabatéens, puis Byzantins
Villes clés Avdat, Shivta, Nessana, Mamshit
Apogée IVe–VIe siècle apr. J.-C.

À retenir

  • Les Nabatéens cultivaient l’olivier dans le désert du Néguev, avec ~100 mm de pluie par an.
  • Ils usaient de la culture de ruissellement, canalisant les crues éclair sur des terrasses.
  • Des villes du désert comme Avdat et Shivta pressaient l’huile sur la route de l’encens.
  • Le système culmina sous les Byzantins et montre jusqu’où l’olivier peut être poussé.

La culture de l’olivier au désert : questions fréquentes

Comment l’olivier pouvait-il pousser dans le Néguev ?

Non par la pluie, mais par la culture de ruissellement — des terrasses et des canaux captant les rares crues éclair et concentrant l’eau sur les champs.

Qui bâtit les oliveraies du désert ?

Les Nabatéens d’abord, dès le IIIe siècle av. J.-C., le système atteignant son sommet sous la domination byzantine des siècles plus tard.

Quelle pluie reçoit le Néguev ?

Environ cent millimètres par an seulement, bien en deçà de ce qu’un olivier exige d’ordinaire.

Quelles villes étaient concernées ?

Des cités du désert comme Avdat, Shivta, Nessana et Mamshit, liées à l’antique route commerciale de l’encens.

Pourquoi est-ce important aujourd’hui ?

Cela montre qu’une habile récolte de l’eau peut porter l’olivier dans une terre que la seule pluie ne saurait soutenir — une question vive dans un climat qui s’assèche.

Le mot du métier

Chacun sait que l’olivier est coriace. Ce que montre le Néguev, c’est jusqu’où l’ingéniosité humaine put pousser cette résistance — dans un désert recevant le dixième de l’eau qu’une oliveraie exige, rendu fertile en piégeant les quelques crues de l’année derrière de la pierre. Je trouve cela discrètement enthousiasmant. Les producteurs d’aujourd’hui s’inquiètent de l’eau comme d’un problème neuf ; il y a deux mille ans, des paysans du désert y avaient déjà répondu par des terrasses et des canaux. Si l’on peut amener l’olivier à fructifier au bord des sables, on peut l’amener presque partout — pourvu qu’on soit patient et habile avec l’eau.

D’après les études archéologiques sur la culture de ruissellement nabatéenne et byzantine dans les hautes terres du Néguev.