Le gel « Burian » frappe les olives d’Italie
L’olivier redoute le froid autant qu’il aime le soleil. Début 2018, un gel sibérien surnommé le « Burian » a déferlé sur l’Italie et meurtri les vergers — leçon saisissante sur le seul temps que l’olivier ne sait pas encaisser.

Fin février et en mars 2018, une vague d’air sibérien glacial — le Burian, le même coup de froid que les Britanniques ont appelé la Bête de l’Est — est descendue anormalement au sud, jusqu’en Italie, jetant des gelées dures sur des régions oléicoles qui n’en voient guère. Ajouté à la mouche de l’olive et au lent désastre de la Xylella, il a contribué à l’une des pires récoltes italiennes de mémoire, à peine 175 000 tonnes. Mais le gel mérite d’être compris pour lui-même : le froid est la grande faiblesse de l’olivier — et un climat qui se réchauffe rend les coups de froid plus errés, pas moins.
Pourquoi l’olivier redoute le gel
On vend l’olivier comme un survivant, et il l’est : il encaisse la sécheresse, les sols pauvres et une chaleur qui tuerait la plupart des arbres fruitiers. Son talon d’Achille, c’est le gel dur. L’arbre est persistant : il porte feuilles vivantes et bourgeons tendres tout l’hiver, si bien qu’un gel brutal saisit des tissus qu’un arbre à feuilles caduques aurait déjà lâchés. La sève gèle dans le bois et se dilate, fendant écorce et cambium ; bourgeons et jeunes pousses noircissent et meurent. Voilà pourquoi l’olivier peine dans les pays à hiver rude, et pourquoi le producteur guette le thermomètre, pas le calendrier.
| Température | Ce qui arrive à l’arbre |
|---|---|
| 0 à -3°C | Feuilles et fruits saisis ; gelée légère, en général surmontable |
| -5 à -7°C | Jeunes pousses et bourgeons abîmés ; la récolte suivante trinque |
| -10 à -12°C | L’écorce se fend, des branches meurent ; le bois mûr souffre |
| Sous -12°C | Des arbres entiers peuvent mourir, surtout les jeunes |
Dégâts lents, guérison lente
Le gel est cruel en partie parce qu’il agit à retardement. Un verger peut sembler juste fatigué en mars, puis ne pas redémarrer au printemps, le bois mort ne se révélant qu’à la remontée des températures. La reprise se compte en années, pas en mois : on rabat sur le bois vivant et l’on attend que l’arbre reconstruise sa ramure, en perdant de la récolte tout ce temps. Un jeune arbre durement touché meurt, tout simplement. Voilà le vrai coût caché derrière un titre de mauvaise année — non pas un automne perdu, mais un verger reculé de plusieurs années.
Chaud et froid, l’étau moderne
Voici ce que les récits de sécheresse oublient. La décennie des chaleurs méditerranéennes record a aussi livré des gels profonds comme le Burian. Un climat qui se réchauffe ne rend pas tout plus chaud et plus sûr pour l’olivier ; il rend le temps plus volatil, et la volatilité est justement ce que l’arbre ne sait pas anticiper. Un été saharien qui réduit la récolte, suivi d’un coup de froid sibérien qui abîme le bois, serre le verger des deux côtés la même année. Ce va-et-vient, plus qu’aucune catastrophe isolée, est la menace moderne, discrète, qui pèse sur l’oléiculture.
- Le site compte plus que les promesses de rusticité. Une cuvette à gel en bas de pente tuera des arbres qu’un coteau plus haut aurait sauvés.
- Les jeunes arbres sont les plus fragiles — protégez-les ou différez la plantation là où le gel dur revient.
- Ne taillez pas le gel trop tôt : attendez que le printemps révèle le bois vraiment mort.
- Un gel sévère nuit aussi à la qualité, pas qu’au volume — un fruit gelé donne une moins bonne huile.
Olivier et gel : questions fréquentes
L’olivier survit-il au gel ?
Au gel léger oui, au gel dur souvent non. La plupart des oliviers tolèrent de brèves pointes à quelques degrés sous zéro, mais un froid soutenu sous -10°C environ fend le bois et peut tuer l’arbre.
Qu’était le Burian ?
Une coulée d’air sibérien descendue en Italie fin février 2018 — le même événement que la Bête de l’Est en Grande-Bretagne — apportant des gelées dures à des régions oléicoles peu habituées.
Pourquoi le gel est-il pire que la sécheresse pour l’olivier ?
L’olivier a évolué pour endurer la chaleur et les étés secs, avec des racines profondes. Il n’a aucune défense contre un gel profond soudain, qui abîme le bois vivant et les bourgeons qu’il doit porter tout l’hiver.
Combien de temps un verger met-il à se remettre du gel ?
Des années. On rabat sur le bois vivant et l’on laisse l’arbre reconstruire sa ramure, en perdant de la récolte entre-temps ; les jeunes arbres durement touchés ne repartent pas toujours.
Le changement climatique rend-il le gel plus ou moins probable ?
Le réchauffement élève les moyennes mais rend aussi le temps plus erré, si bien que des coups de froid destructeurs surviennent encore — désormais aux côtés d’étés plus chauds et plus secs.
Dans le métier, on décrit l’olivier comme un survivant de la sécheresse, et c’est vrai — mais sa vraie peur, c’est le gel dur, qui explique qu’il ne se soit jamais installé en pays à hiver rude. Ce qui inquiète aujourd’hui, ce n’est pas la chaleur seule mais le va-et-vient : un climat qui sert des étés sahariens et des coups de froid sibériens la même année serre l’arbre des deux côtés. Quand vous lisez qu’un gel a coûté sa récolte à une région, souvenez-vous qu’il a souvent coûté bien plus qu’un automne — un bois abîmé recule un verger de plusieurs années.
Contexte sur la vague de froid Burian de février–mars 2018 et son effet sur l’oléiculture italienne.