01 Aug

[Maroc] Oléiculture: Pourquoi le Maroc a raté ses rendez-vous

• Un retard flagrant par rapport au pourtour méditerranéen

• Défaillances structurelles de qualité

• ALE avec les Etats-Unis, une opportunité en or

Au moment où l’engouement mondial pour l’huile d’olive atteint son comble, l’oléiculture marocaine est toujours à la traîne. «Disposant de la cinquième superficie oléicole dans le bassin méditerranéen, le Maroc ne se situe qu’en neuvième position en termes de production, comparativement aux autres pays de la région», annonce d’emblée une recherche sectorielle élaborée par BMCE Capital. Pourtant, la filière est d’une importance cruciale pour le développement rural.


En quarante-quatre ans (1960-2004), les plantations oléicoles ont bondi de 4,6 fois, soit une progression annuelle moyenne de 3%. Les oliveraies sont de loin les premières cultures fruitières du pays. Avec une superficie globale de 590.000, elles représentent la moitié des plantations arboricoles.

A l’instar des autres filières agricoles, l’évolution de la production ne suit pas une tendance claire puisqu’elle dépend fortement des aléas climatiques. Ajouter à cela, les pratiques d’élagage hors temps qui altèrent la productivité et le morcellement des terrains qui contraint la gestion rationnelle des exploitations.

Ainsi, après une saison bénie en 2003-2004, où la production d’huile d’olive a atteint 100.000 tonnes pour un plus d’un million de tonnes d’olives, la filière a replongé dans la morosité. La production s’est chiffrée à 50.000 tonnes seulement en 2004-2005 avec 500.000 tonnes d’olives. Cette récolte est concentrée à 26% dans la région du Rif et pré-Rif (Taza, Taounate) et à 15% dans le Haouz. Le rapport ne donne pas d’informations concernant le chiffre d’affaires et la valeur ajoutée de la filière.

L’oléiculture fait travailler 136 unités industrielles qui emploient 1200 personnes et génèrent 108,2 millions de DH de valeur ajoutée. Compte tenu des «mâasras» traditionnels, la filière génère près de 55.000 emplois directs.

En dépit de la production volatile, les oléiculteurs marocains ont pris pied sur le marché international depuis l’an 2000. Le taux de croissance annuel moyen des exportations ressort à 34,5% entre 2000 et 2004, grâce notamment à la bonne performance réalisée en 2003-2004. Date où le total des exportations s’est chiffré à plus de 20.000 tonnes d’une valeur globale supérieure à 50 millions de dollars (450 millions de DH). Même avec ce chiffre, le Maroc n’est pas en mesure de rivaliser avec ces voisins méditerranéens. Il n’y a qu’à voir la Tunisie qui exporte chaque année 211.200 tonnes d’huile d’olive pour plus 568 millions de dollars (5,11 milliards de DH).

Grâce à la bonne campagne de 2005/2006, la production a progressé de 40% par rapport à l’année précédente pour atteindre 700.000 t d’olive et 70.000 t d’huile, selon le rapport annuel de Bank Al-Maghrib. Cette performance coïncide avec une chute de la production en Espagne. Les exportations marocaines se sont établies, par conséquent, à un niveau record de 31.357 t. «Cela devrait aboutir au renchérissement de plus du tiers du prix de vente de l’huile d’olive dépassant ainsi 27.700 DH la tonne», explique le rapport de la banque d’affaires. Même avec ce prix, l’huile d’olive marocaine reste moins chère par rapport aux standards internationaux. La moyenne mondiale des cours se situe autour de 3.200 dollars/t (28.800 DH).

La faible valorisation du produit marocain est une résultante logique de problèmes structurels de qualité. La production d’olives est limitée à trois variété seulement: Haouzia, Menara et Picholine. Celles-ci sont en proie à la vereticilliose, une maladie qui contraint sérieusement la productivité des exploitations. De plus, les méthodes de trituration sont toujours aussi rudimentaires dans les «mâasras». «Il en découle de faibles capacités de traitement, des rendements d’extraction bas, une qualité d’huile médiocre et des rejets non valorisés», explique le rapport.

Néanmoins, l’ALE avec les Etats-Unis est une opportunité incontournable pour les oléiculteurs marocains. D’autant plus que le marché US est le plus important au niveau mondial avec une demande annuelle de 200.000 tonnes.

Cela dit, d’autres importateurs commencent à séduire les producteurs méditerranéens. Des pays comme le Canada, le Japon ou le Brésil sont les nouveaux catalyseurs de la production mondiale.

Les producteurs nationaux devraient donc se serrer les coudes pour saisir ces opportunités. Les experts de BMCE Capital leurs prescrivent trois «actions à entreprendre». L’essor de la filière passe d’abord par la plantation de nouvelles oliveraies. «Les efforts devraient s’orienter vers le désenclavement des zones non irriguées, plus particulièrement semi-arides», précise la note de recherche. L’objectif étant d’atteindre un million d’hectares de plantation d’olives, soit 62 millions de nouveaux plants. L’Etat a mis en place, en 2004, un programme de subvention dans ce sens. Une année après, seul 1 million de plants ont été demandés pour une offre d’à peine 500.000. Pour bien se positionner sur le marché international, les oléiculteurs devraient, ensuite, s’investir dans la création d’un «Label Maroc». Une distinction qui dépend de l’homologation du produit national avec les standards mondiaux de qualité. Pour ce faire, les unités de trituration traditionnelle doivent impérativement se mettre à la page des technologies du secteur.

Le troisième facteur-clé de succès, réside dans une politique marketing qui met en valeur le critère «bio» et la longue conservation du produit marocain.

Le PNO en panne

Face aux handicaps de la filière, les autorités agricoles ont élaboré, en 1998, le fameux Programme national oléicole (PNO), visant à hisser la production d’huile d’olive marocaine au niveau de ses voisins méditerranéens. Doté de 4 milliards de DH, dont 1,5 milliard à la charge de l’Etat, le programme projetait de ramener la superficie plantée à 1 million d’hectares en 2010, soit un rythme annuel de 42.000 ha. Le PNO prévoyait une production de 250.000 tonnes d’olives de table et 273.000 tonnes d’huile d’olive. La valeur ajoutée de cette récolte devrait s’établir, le cas échéant, à 3 milliards de DH.

Pour ce faire, le programme prévoyait l’amélioration de la productivité des oliveraies et la modernisation des unités de trituration. L’objectif étant de concevoir un «Label Maroc», reconnu à l’international.

Sept ans après, les superficies nouvellement plantées ressortent à 100.000 ha seulement. La production demeure conditionnée par les aléas climatiques et le programme de subvention traîne le pas. «Face à l’inertie tant des pouvoirs publics que des opérateurs, cette filière risque de rester à l’écart du développement économique et social que connaît actuellement le pays», note le rapport.

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