24 Dec

L’olive, reine de la Provence en hiver

Par Françoise Lazare,

De décembre à janvier en Provence, alors que la nature hiverne, l’olive est reine. Et, chaque 27 janvier, les habitants de Manosque (Alpes-de-Haute-Provence) célèbrent la Fête de l’huile nouvelle.

Dans la région des Mées, à 50 km au nord d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), les agriculteurs s’affairent dans les rangées d’arbres. De longs draps de plastique noir sont étalés sur le sol, masquant en partie les troncs majestueux des oliviers. Le poète Jean Giono décrivait “le plaisir de toucher les olives grasses et d’en avoir les mains pleines” ; aujourd’hui les branches sont “peignées” au râteau par des hommes juchés sur des échelles, et les fruits tombent les uns après les autres. Ils composent un camaïeu allant du jaune au brun, en passant par différentes teintes de rouge. Ce sont des aglandau, la plus fréquente des variétés d’olives dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Qu’elles soient vertes ou noires, les olives proviennent des mêmes arbres : les premières sont cueillies très tôt dans la saison, les secondes beaucoup plus tard, et elles macèrent différemment.

Les caisses de fruits destinés à fabriquer l’huile remplissent des camions qui partent vers les moulins. Car le pressage, encore très artisanal, doit avoir lieu au plus vite, avant que le fruit avec les noyaux se ramollissent. Les oléiculteurs français ne s’inquiètent pas trop de la concurrence étrangère. Sur ce marché qui a triplé en dix ans dans l’Hexagone, ils jouent la qualité et la plupart d’entre eux possèdent l’appellation d’origine contrôlée (AOC).

Les principales menaces viennent du climat et des insectes. Pour que la récolte soit bonne, il faut de l’ensoleillement pendant l’été puis un premier gel en octobre-novembre. Trop d’humidité attire les “mouches de l’olive” à l’entrée des moulins, où les lots présentant plus de 10 % de fruits piqués sont refusés.

A Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence), Annick et André-Michel Breger ont acheté le moulin de Gouvan, une bâtisse du XVe siècle, sans se douter qu’ils y découvriraient une meule en pierre toujours en état de marche. Aujourd’hui, l’huile coule à volonté dans ce “moulin à sang”, autrefois actionné par des animaux.

Un des personnages-clés du département est Olivier Baussan, fondateur, en 1978, de L’Occitane. Cette fabrique de savons est devenue une multinationale, dont les produits sont vendus à Los Angeles ou Tokyo, et bientôt à Moscou. L’usine de Manosque emploie aujourd’hui 350 personnes et fabrique 200 produits différents. Une gamme entière de cosmétiques est faite à base d’huile d’olive, dont les bienfaits sont vantés.

Comme pour les vins, les différentes huiles proviennent souvent des “châteaux”. Les prix atteignent parfois ceux des bons crus (20 euros le litre) et des séances de dégustation sont organisées.

Entre les sommets alpins et la côte méditerranéenne, les Alpes-de-Haute-Provence n’ont pas forcément le tourisme facile. Le nouvel engouement pour l’huile d’olive, très lié à la renommée du “régime crétois”, est un atout majeur. Promenades dans les champs pendant les récoltes, fêtes locales après la cueillette, visites des moulins anciens encore en activité, cours de cuisine à l’huile d’olive dans les belles maisons d’hôtes : les occupations ne manquent pas dans cette région.

[Source] Cliquer ici

Leave a Reply