15 Nov

Huile d’olive, Une perche de salut…mais

Par Abou sarra,

En fin de compte, la guerre d’huile d’olive, qui a fait couler tant d’encre, n’aura pas lieu. Contre toute attente, le gouvernement vient d’annoncer tout un programme pour résorber les difficultés rencontrées par les exportateurs qui ne parviennent pas à écouler un stock invendu de 20.000 tonnes à leur charge.

A l’origine de ces difficultés, une mauvaise évaluation de la demande extérieure par des exportateurs privés. Ces derniers ont été induits en erreur par des informations faisant état d’une baisse significative de la production du premier exportateur mondial d’huile d’olive, l’Espagne, et son corollaire, l’émergence d’opportunités significatives d’écoulement fort rémunératrices à l’étranger.

Selon cette évaluation, quelque peu hâtive, le marché mondial aurait été demandeur de 600 mille tonnes pour une consommation totale, estimée, en période normale, à 2,3 millions de tonnes. D’où à la clef un stock en souffrance évalué à 30.000 tonnes au titre de toute l’année 2006 et pour lequel on ne trouve pas acquéreur.

Interpellé au parlement, jeudi 26 octobre 2006, sur la question, Mohamed Habib Haddad, ministre de l’Agriculture et des Ressources hydrauliques, a annoncé qu’un arrangement a été conclu en vue d’écouler le stock d’huile d’olive en souffrance sur les marchés espagnol et italien.

Rien n’a, par contre, été dit sur les conditions dans lesquelles ces quantités seront écoulées. Deux questions méritent d’être posées dès lors : Est-ce un arrangement entre privés tunisiens et privés de ces deux pays ? Ou est-ce que les quantités à exporter par les privés seront expédiées aux dépens ou dans le cadre du quota d’exportation de l’Office national de l’huile concédé par l’Union européenne? Aucune précision n’a été apportée à ce sujet.

Le ministre a annoncé également que les banques de la place ont été autorisées à accorder aux exportateurs et huileries des crédits pour les aider à couvrir les dépenses à engager au cours de la nouvelle campagne oléicole (2006-2007).

Autre mesure annoncée au parlement : un prix de référence sera incessamment fixé pour éviter les récriminations de toutes sortes apparues l’années dernière et contenir la colère des consommateurs, scandalisés par la cherté de ce produit de terroir.

Les exportateurs d’huile d’olive, qui avaient fait preuve, lors de la saison précédente, d’un manque de professionnalisme manifeste étant incapables de décrypter l’état du marché, bénéficieront, toujours selon le ministre, d’un rééchelonnement des dettes contractées, au cours de la campagne précédente (2005-2006).

Résultat : l’ensemble des revendications des exportateurs sera satisfait à l’exception d’une seule : celle du report de la date d’ouverture de la récolte oléicole qui aura lieu, comme d’habitude, au mois de novembre dans toutes les régions du pays.

Ces bonnes nouvelles accueilles avec soulagement par les exportateurs et propriétaires d’huileries dont certains s’apprêtaient à mettre la clef sous la porte, viennent couronner, avec succès, plusieurs réunions que la corporation des oléiculteurs a tenu avec les ministres concernés, en l’occurrence, M. Mondher Zenaïdi, ministre du Commerce et de l’Artisant, et M. Mohamed Habib Haddad, ministre de l’Agriculture et des Ressources hydrauliques.

Au cours de ces réunions, les ministres ont rappelé aux oléiculteurs leurs responsabilités et les engagements qu’ils avaient pris pour appuyer les efforts de l’Etat en matière d’exportation.

Lors de la consultation régionale sur les exportations, tenue à la mi août 2006, à Sfax, Mondher Zenaïdi avait rappelé en termes très simples que la suppression, en 1994-95, du monopole exercé, depuis 1972, de l’organisme public, l’Office National de l’Huile (ONH), n’a été décidée que dans l’espoir d’atteindre deux objectifs majeurs : la promotion de l’huile d’olive biologique et le développement du conditionnement de cette huile.

A ce sujet, le ministre a tenu à préciser que, jusqu’au mois d’août 2006, seules 500 tonnes sur un total de 100.000 tonnes exportées, étaient conditionnées, soit moins de 1% contre des moyennes de 45% et 60% en Italie et en Espagne.

Moins direct, Habib Haddad leur a proposé comme solutions «de diversifier leur offre, d’améliorer la qualité, d’accorder plus d’intérêt à l’emballage et de déployer davantage d’efforts en vue de mieux faire connaître les spécificités de l’huile d’olive tunisienne à l’étranger».

C’est dire que la perche de salut ponctuelle lancée au profit des exportateurs ne résout en rien les problèmes structurels dans lesquels se débat le secteur oléicole. Elle ne doit pas occulter la nécessité d’apporter des solutions profondes à un secteur qui navigue toujours à vue.

Rappelons, enfin, que La Tunisie produit en moyenne 170 mille tonnes par an dont 35 à 50 mille tonnes sont consommées localement tandis que le reste est supposé totalement exporté, la plupart du temps en vrac, c’est-à-dire dans des conditions généralement peu compétitives.

L’exportation d’huile d’olive constitue une importante source de devises tant elle génère des rentrées de l’ordre de 700 millions de dinars par an. C’est le cas de l’exercice 2004. En 2005, les exportations d’huile d’olive ont atteint 476,7MD, enregistrant ainsi une régression de 32,7%.

[Source] Cliquer ici

One Response to “Huile d’olive, Une perche de salut…mais”

  1. Olives101 Says:

    Voici une reponse a cet excellent article donne par un importateur Tunisien aux USA :

    _________________________________________________

    L’huile tunisienne dans 3 ans

    Cher Abou Sarra,

    Etant importateur d’huile d’olive basé aux Etats-Unis et en contact journalier avec les vérités du marché international d’huile d’olive, je tenais à vous éclaircir quelques points:

    1- L’évaluation “non professionnelle” de la situation du marché a été désormais faite par tout le marché international ; la situation critique qu’a vécue les oléiculteurs tunisiens est en train d’être vécue et partagée par les géants de l’huile d’olive espagnols, italiens, turcs et tunisiens.

    2- Les exportateurs tunisiens ont fait de très bons résultats de vente en comparaison avec la concurrence mondiale et auraient pu sauver la face s’il n’y avait pas de prix planche “price cap” a l’export imposé par les autorités. Le prix plancher a gelé l’activité de l’export pendant une période de plus de 2 mois, laissant libre cours a la concurrence mondiale pour prendre de l’avance sur les exportateurs tunisiens, se débarrasser d’importantes quantités d’huile et prendre avantage avec un prix favorable en déclin journalier.

    4- L’huile d’olive tunisienne n’a désormais pas de caractéristique spéciale qui ne présente pas d’avantage qualitatif comparé à l’huile espagnole, italienne ou encore l’excellente huile grecque.

    Je comprends très bien que notre patriotisme nous pousse à penser que nous offrons la perle rare au marché mondial mais la vérité du marché, les concours internationaux et les réactions des connaisseurs nous prouvent le contraire.

    5- En quatrième place, l’huile d’olive tunisienne conditionnée donne les mêmes résultats que son homologue turque, en 3ème place vient l’huile espagnole, en 2ème place l’huile grecque tandis que la 1ère place incontestable est occupée par l’huile italienne.

    Ce que les Italiens ont réussi à implanter est toute une culture agronome, tout un amour du fruit et de son huile qu’ils ont hérité et fièrement implanté dans le monde entier. L’effort pour concurrencer ce géant ne peut pas être individuel.

    L’Espagne est en train de dépenser des centaines de millions de dollars pour promouvoir l’huile d’olive espagnole. En Amérique il y a des publicités à la radio, à la télé pour sensibiliser le consommateur à l’huile d’olive espagnole.

    La Tunisie n’a malheureusement pas la capacité de dépenser ce genre de budget. On est dans le bon chemin avec les efforts que fournit le CEPEX et les exportateurs dans les manifestations internationales, le résultat pour le conditionné ne se fera pas par miracle et on ne sera pas le 1er exportateur d’huile conditionnée dans les 3 ou 4 années à venir ; c’est un travail qui va nécessiter une persistance et un grand effort de la part des autorités et de tous les exportateurs réunis sous le drapeau tunisien.

    Mes meilleures salutations !

    W.R

    la source :
    http://www.webmanagercenter.com/management/article.php?id=22536

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